Team5: fièvre apht ailleurs
Cela nous sort du contexte de grande production européen.
http://www.fao.org/nouvelle/2001/011207-f.htm
La fièvre aphteuse -- les Masai pris entre deux feux
Un Masai et des animaux à l’arrière-plan.Photo: L. Belpietro/Campi ya Kanzi
En 2001, une souche virulente de fièvre aphteuse a éclaté en Europe et a donné lieu à l’abattage controversé de près de 4 millions d’animaux. Mais les Masai qui élèvent du bétail en Afrique de l’Est ne tuent pas leurs animaux infectés. Pour eux, la fièvre aphteuse fait presque partie du quotidien -- elle est si commune qu’ils la définissent par le même terme que le vulgaire rhume: oloirobi. Elle se présente pratiquement à chaque saison des pluies avec des pertes minimes. Ceci est la différence cruciale entre l’approche strictement commerciale et l’approche des Masai, qui est beaucoup plus complexe et intègre aussi bien des techniques modernes que traditionnelles. Comme la maladie frappe très rarement en Europe, la réponse des agriculteurs consiste à éliminer rapidement l’infection en abattant les animaux atteints et à éviter les pertes à long terme causées par les craintes de viande gâtée.Le peuple Masai, toutefois, considère son bétail comme quelque chose de plus que des avoirs financiers -- un homme et son troupeau sont liés par une relation définie par des siècles de culture et de survie dans un environnement rude, et tempérée par les changements dus aux influences européennes.Les communautés Masai au Kenya et en République unie de Tanzanie traversent une phase de transition déterminante. Peuple d’éleveurs, leur économie traditionnelle est fondée sur l’élevage nomade du bétail d’un point d’eau à l’autre. Ce processus est en contradiction avec les impératifs de l’élevage commercial, au cœur des économies en développement des deux pays.La FAO, qui a pour vocation de renforcer la sécurité alimentaire pour tous, s’efforce de concilier les besoins de ceux qui vivent de l’économie monétaire avec les sensibilités culturelles des peuples comme les Masai.Vacciner ou non?Une des différences entre les éleveurs Masai et les éleveurs commerciaux d’Europe est la vaccination. Dans les pays en développement, le vaccin est la première mesure de répression de la fièvre aphteuse. Elle est efficace à environ 80 pour cent, dit Mark Rweyemamu de la FAO, expert de maladies animales.Les animaux qui contractent la maladie et guérissent mettent un certain temps à récupérer leur poids, et donnent moins de lait. Les agriculteurs commerciaux en Europe refusent la vaccination à cause de la perte de productivité et d’échanges commerciaux qui s’ensuit, tandis que les éleveurs Masai vaccinent leurs animaux lorsqu’ils peuvent se le permettre.
Les agriculteurs commerciaux voient leur bétail avant tout comme des avoirs financiers.Photo: O. Thuillier
“Un agriculteur commercial en Europe n’accepterait jamais un troupeau mélangé d’animaux sains et guéris", dit Dr. Rweyemamu. "La maladie compromet la productivité. La fièvre aphteuse est comme une grève sauvage dans l’industrie -- elle n’oblige pas à fermer l’usine, mais elle entrave la production".C’est, dit-il, la même chose avec les éleveurs Masai. "La maladie prend les Masai au piège de la pauvreté ethnique", explique-t-il. "Leurs vaches se remettent, mais leur valeur est compromise, et ceci peut se traduire par une rupture avec les agriculteurs commerciaux voisins qui voient le bétail Masai comme contaminé".Dans le Maasailand, toutefois, organiser une vaccination de masse sans tenir compte du rôle culturel du bétail ne serait pas conseillé, et serait même impossible. "Nous devons travailler avec les valeurs des communautés, et non les mépriser", dit Dr Rweyemamu. "La vaccination est notre arme principale, mais il nous faut comprendre et respecter la dimension sociale et économique d’un problème clinique".Bétail, communautés et cultureLes Masai ont également recours aux médecines naturelles. Depuis septembre 2000, le projet de la FAO sur les systèmes de connaissances indigènes locales (LinKS) soutient une étude sur l’utilisation des plantes médicinales parmi les communautés Masai en République Unie de Tanzanie.“Nous voulions voir comment les herbes traditionnelles peuvent contribuer à améliorer les soins de santé animale dans une situation où les communautés pastorales sont soumises à des transformations", explique Lars Otto Naess, de la FAO, qui travaille au projet. "Et nous voulons faire mieux comprendre la valeur des savoirs autochtones parmi les agents de développement, les chercheurs et les responsables politiques de la Tanzanie et d’ailleurs".Les Masai ont un dicton, 'Meeki Lenkaina ilala-lenyana', qui veut dire « Les défenses ne sont jamais un poids pour l’éléphant ». De même, les Masai n’ont jamais été accablés par l’écosystème rigoureux dans lequel ils vivent ou par la myriade de maladies qui font partie de leur monde.
Attaques de fièvre aphteuse de 1996 à 2000, avant l’infection en Grande-Bretagne en février 2001. Source: Université d’Otago, Nouvelle-ZélandeCLIQUER ICI POUR AGRANDIR LA CARTE
Médicaments pour le bétailCeci ne veut pas dire que les communautés Masai sont passives face à la maladie ou aux blessures, mais plutôt que la prophylaxie et les traitements existent dans leur ordre naturel. Et ces méthodes sont transmises aux générations suivantes sous forme de rituels complexes qui initient les jeunes garçons à l’âge adulte et garantissent la survie culturelle et physique du groupe.Par exemple, lorsqu’une vache, une brebis ou une chèvre Masai montre des symptômes de fièvre aphteuse -- fièvre et tissus ulcéreux -- elles sont traitées avec une pâte faite d’urine de bétail, d’écorce séchée d’olchilhili et de feuilles de l’alaiskirai et de buissons oloiyapasei.Le mélange n’est pas un remède à la maladie, mais il aide à soulager la douleur et accélère le rétablissement, dit Dr. Rweyemamu. Après avoir été mis en quarantaine parfois pendant un mois, l’animal retourne au champ -- ou est envoyé chez le vétérinaire pour être vacciné si le propriétaire peut se le permettre.Lorsqu’un animal infecté meurt- ce qui est rare, sa viande est vendue pour la consommation humaine car, à la différence des Européens, les consommateurs Masai comprennent que ceci ne comporte aucun risque pour leur santé. "En effet, les animaux atteints de fièvre aphteuse sont délibérément sélectionnés par les éleveurs Masai sur les marchés", dit Steven Moiko, un chercheur Masai de l’Association Kenyane pour le développement économique de l’élevage. "Ils préfèrent abattre la vache pour en vendre la viande plutôt que de tuer un animal sain."Une pharmacopée naturelle menacée par le développement Steven Moiko est un Masai qui travaille à l’Association Kenyane de développement économique de l’élevage. Cette association s’efforce de mieux comprendre les problèmes pastoraux. Il vit à 50 km à l’ouest de Nairobi et se considère avantagé car il est allé à l’université et sa famille est propriétaire de terres et de nombreuses têtes de bétail. Cliquer ici pour lire ses réflexions sur le rôle du bétail dans la vie des Masai.
De nouveaux systèmes, de nouvelles maladies et même de nouveaux remèdes menacent l’existence de la pharmacopée naturelle et de la tradition pastorale Masai. Défricher le bush pour l’agriculture commerciale ou l’exploitation minière a accru les contacts avec les maladies comme la fièvre de la côte orientale et la trypanosomiase, qui ne répond qu’aux médicaments modernes.Le développement économique détruit également l’environnement et force les jeunes, porteurs des coutumes médicinales, à chercher du travail ailleurs. Lorsqu’ils s’en vont, ils abandonnent la communauté aux médicaments importés ou aux remèdes médicinaux presque tombés dans l’oubli -- c’est-à-dire inefficaces. La transition vers une économie monétaire signifie aussi que les vaches sont de plus en plus traitées comme des avoirs commerciaux.Paradoxalement, la perte des traditions ethnovétérinaires frappe le plus durement les membres les plus pauvres de la communauté -- ceux qui possèdent le moins de têtes de bétail. Ils ne peuvent se permettre les médicaments, ont plus de chances d’être analphabètes et vivent loin des centres urbains. Ceci porte un coup dur à l’économie traditionnelle des Masai, qui dépend de l’échange de bétail pour se procurer une épouse, sceller les alliances entre les clans et promouvoir la diversité génétique.Le Projet LinKs, dit M.Naess, vise à sensibiliser davantage sur les connaissances et pratiques locales pouvant aider à améliorer les systèmes de production animale tout en continuant à recourir aux plantes médicinales. Mais, dit M. Rweyemamu, la communauté internationale doit également soutenir des programmes de vaccination des animaux Masai et veiller à ce que leurs conditions de vie ne soient pas perturbées par une maladie qui est maîtrisable.4 janvier 2002