Team4: Les abeilles, témoins écologiques

Article de campagnes solidaires, mensuel de la Confédération Paysanne

Gaucho

les abeilles : témoins écologiques

Les abeilles nous alertent sur les dangers d’une nouvelle technique phytosanitaire :

l’enrobage de semence par un insecticide systémique (Gaucho).


Depuis quatre ans, les apiculteurs se battent pour obtenir l’interdiction de l’utilisation du Gaucho (traitement de semences de tournesol, maïs, betterave, blé et orge) Cet insecticide (matière active : imidaclopride) serait à l’origine de la perturbation de comportement, voire de la disparition des abeilles. D’où une baisse de production de miel de tournesol de plus de 50 %.

Expérimentations et analyses confirment ces soupçons. On peut dire maintenant que "l’affaire Gaucho" n’est plus un problème uniquement apicole mais également d’environnement en général (voir encadré).

Les abeilles, en parcourant des centaines d’hectares pour y butiner, peuvent être en contact avec toutes sortes de pollutions ; elles sont de véritables témoins écologiques.

"Quand les abeilles trinquent, c’est que la nature est malade".

Monsanto, concernant le marché des OGM, a déclaré : " Il s’agit là d’imposer quelque chose de nouveau, nécessitant une approche inédite, au même titre que la démarche de Bayer Agro, quand il a lancé en France le traitement Gaucho ".

Le Gaucho est une nouveauté dans les moyens de lutte contre les prédateurs des cultures. En effet, il associe une technique, l’enrobage des semences, à la systémie parfaite (l’insecticide est "aspiré" par les racines et diffusé par la sève dans toutes les parties de la plante) et la très grande persistance d’une molécule.


En ne retenant que le facteur lutte contre les pucerons, si le paysan avec un insecticide traditionnel décidait de son utilisation au vu de l’importance du développement du prédateur dans ses cultures, avec la technique "Gaucho", c’est au moment du semis qu’il doit faire son choix sans même savoir si les pucerons y seront présents ! La conséquence en est bien souvent une utilisation systématique, de précaution (!), encouragée par une active politique commerciale du fabricant.


D’ailleurs, depuis l’interdiction du Gaucho tournesol par le ministère de l’Agriculture (1999), on a plus souvent entendu les plaintes de Bayer et des semenciers à coups d’info-publicités mensongères ou d’avocats (recours auprès du Conseil d’Etat rejeté en décembre 1999) que celles des producteurs de tournesol.

L’agriculture paysanne, qui a rejeté les OGM, mis en cause l’utilisation d’hormones et d’antibiotiques dans l’alimentation animale, ne devrait-elle pas refuser l’utilisation d’une technique néfaste pour l’environnement, qui favorise les phénomènes de résistance et qui est aussi une confiscation du savoir faire paysan au profit de l’agrochimie ?


Si certains chercheurs, travaillant sur le sujet, veulent approfondir leurs recherches, d’autres semblent vouloir revenir sur les résultats de leurs travaux antérieurs. On peut sérieusement craindre de fortes pressions sur l’administration et sur la recherche qui, ne l’oublions pas, a besoin de financement. Après avoir demandé l’interdiction de l’imidaclopride, les Pays-Bas, suite à un recours de Bayer, ont accordé à ce dernier une rallonge jusqu’à l’automne prochain…


Gaucho est "l’aîné de la famille" mais il a déjà des petites sœurs : le Régent (matière active : fipronil, très toxique pour les abeilles) qui semble bien être plus systémique que voulait l’avouer son fabricant. En Amérique latine, Novartis commercialise une nouvelle molécule proche qui pourrait bien débarquer en Europe.


Alors, bonne chance aux abeilles et appel aux paysans raisonnables !


Jean-Paul Mahé


Ce que l’on sait sur l’imidaclopride

1) La persistance de l’imidaclopride dans les sols est extrêmement grande. La DT 50 (demi-vie) qui mesure cette persistance est hors normes européennes. L’année suivant l’implantation d’une culture avec gaucho, la molécule reste disponible pour la nouvelle culture.

Une injection d’imidaclopride au pied d’un orme le garantit sans puceron pendant deux ans.

2) Les produits de dégradation de l’imidaclopride peuvent être aussi toxiques. L’oléfine est 16 fois plus toxique pour le puceron que la molécule mère.

3) La rémanence de 45-60 jours annoncée par le fabricant indique qu’il ne garantit pas une efficacité à 100 % après cette date, mais on a retrouvé des résidus d’imidaclopride et de ses dérivés dans des feuilles et pollens, y compris dans des végétaux issus de semences non traitées. Ceci s’explique par la persistance dans les sols, la systémie parfaite et la rotation des cultures.

4) En laboratoire et sous tunnel, de faibles doses (sublétales) d’imidaclopride ont provoqué des comportements anormaux des abeilles. Ce sont les mêmes doses que l’on retrouve en analyse de végétaux et les mêmes comportements que les apiculteurs observent sur le terrain.

5) On a démontré la toxicité à des doses sublétales sur les bourdons, les lombrics. Une seule graine de betterave enrobée de gaucho, consommée par un petit oiseau, suffit à le faire mourir.





Comments
Post a comment









Remember personal info?