Team4: GAUCHO / TOURNESOL et ABEILLES/ MANIF A PARIS
Manifestation nationale française du 18 décembre 2000,
à Paris devant le Ministère de l'Agriculture, puis devant le Service de la Protection des Végétaux, contre le Gaucho et autres pesticides.
Coordination des Apiculteurs de France :
Syndicat National d'Apiculture
Syndicat des Producteurs de Miel de France
Union Nationale d'Apiculture Française
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GAUCHO / TOURNESOL et ABEILLES
DOCUMENT DE SYNTHESE
Coordination des Apiculteurs de France :
Syndicat National d'Apiculture
Syndicat des Producteurs de Miel de France
Union Nationale d'Apiculture Française
Paris, le 18 décembre 2000.
PREAMBULE : un communiqué de presse en date du 16 décembre 1998, et déposé par le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche, annonçait :
La Commission chargée d'évaluer l'impact des produits phytosanitaires ( Commission de toxiques ) a étudié le dossier GAUCHO ( imidaclopride - BAYER ). Suite à ses travaux, elle a émis l'avis suivant :
"Compte tenu des études récentes fournies sur l'impact que l'imidaclopride utilisé en traitement de semences de tournesol peut avoir sur l'activité des abeilles, la Commission des toxiques lors de sa réunion du 16 décembre 1998 estime que : les données examinées ne permettent pas de conclure à un effet indiscutable de l'imidaclopride ou de ses métabolites sur les abeilles et la production de miel
Inversement, il n'est pas possible d'exclure totalement l'effet de l'imidaclopride et de ses métabolites, compte tenu de l'effet toxique à faibles doses, doses en rapport avec des concentrations potentiellement présentes dans les plantes à l'époque du butinage.
Que des études complémentaires doivent être menées pour éclaircir les points suivants :
Métabolisme du produit dans les parties de la plante accessibles à l'abeille.
Limite de toxicité du produit et de ses métabolites pour les abeilles et quantités présentes dans ces dernières.
Persistance de l'imidaclopride dans les sols et présence dans les cultures non traitées,
( ... )"
Nous ignorons toujours à cette date, les réponses apportées par BAYER.
Par contre, les résultats des travaux menés entre 1998 et 2000 par les chercheurs des instituts publics nous ont été communiqués après leur présentation en Commission des toxiques, les 15 novembre et 13 décembre 2000. Il nous semble que ces résultats que nous rappelons ci-après, répondent entièrement aux interrogations de la Commission des toxiques.
1. Métabolisme du produit dans les parties de la plante accessibles à l'abeille ?
Dr. J.M. Bonmatin ( CNRS Orléans )
Au cours de la croissance du tournesol traité GAUCHO, les teneurs en imidaclopride diminuent. A partir de la formation du capitule, cette teneur connaît une remontée importante et rapide. Fonction de la variété, la teneur moyenne du capitule en début de floraison, varie de 5 à 6 ppb. Dans le maïs également, l'imidaclopride est retrouvé dans toutes les parties de la plante, notamment dans la panicule ( 4 ppb. en moyenne) et dans la fleur ( 10 ppb. en moyenne). Tournesol et maïs admettent une biodisponibilité importante de l'imidaclopride à la floraison. Dans un environnement où tous les tournesols sont traités GAUCHO et où les maïs peuvent l'être (sites GAUCHO des études de terrain ACTA en 98), le pollen de trappe contient couramment env. 5 ppb. d'imidaclopride.
M. Fr. Laurent ( INRA Toulouse )
(radiomarquage et mesure de la radioactivité à différents âges et dans différentes parties du tournesol ) Tant dans les portions de la tige que dans les feuilles de plantes d'un mois d'âge, on retrouve le même gradient basipète, étant entendu que les feuilles sont 10 fois plus chargées en imidaclopride que la portion de tige correspondante. Les profils métaboliques dans les différents organes de la plante, présentent tous un pic d'imidaclopride majoritaire ( de 50 à 80 %). Il est établi que la demie-vie de la seule molécule-mère dans le tournesol est supérieure à 60 jours. Au moment de la floraison, un transfert semble avoir lieu vers le capitule, notamment vers les sépales et les graines en périphérie, au moment de leur formation : il est suggéré que cette mobilisation pourrait contaminer plus fortement pollen et nectar produits par les rangs de fleurons plus centraux. Dans le pollen, la mesure globale en résidus de l'imidaclopride, est de l'ordre de quelques ppb.
Le CETIOM.
Le nectar de tournesol contient entre 0,4 et 5,0 ppb. de résidus totaux, étant entendu que ces résidus totaux sont essentiellement constitués par l'imidaclopride. (*)
M. Kl. Wallner ( Univ. Hohenheim, All.)
Le nectar de phacélie, traité GAUCHO (50 g m.a. par ha), prélevé dans les jabots de butineuses, contient entre 3 et 10 ppb. d'imidaclopride. Le pain d 'abeilles serait chargé à même hauteur. ( les études toxicologiques acceptent que notamment des fruits comme pommes et pêches, peuvent être commercialisés en vue d'une consommation humaine, si les résidus d'imidaclopride ne dépassent pas la limite de 300 ppb. ( = parts par milliard). Par conséquent, la présence d'imidaclopride et/ou de ses métabolites à hauteur de quelques ppb dans les produits de la ruche, ne devrait donc pas poser problème en termes de santé publique.
2. Limite de toxicité du produit et de ses métabolites pour les abeilles et quantités disponibles dans ces dernières ?
Dr. M.E. Colin ( INRA Avignon )
La fréquentation, caractérisée par différents critères, d'une source de nourriture - sirop contaminé ou non - est étudiée en conditions semi-contrôlées. Pour l'imidaclopride, les effets négatifs sont toujours présents à 6 ppb. A 3 ppb., ces effets sont présents sous certains critères. (BAYER communiquait en janvier 97 (Congrès ANPP) que les premiers effets sur l'abeille s'exprimaient à partir de 5.000 ppb. Trois années plus tard, ce seuil est ramené à hauteur de quelques ppb.!). La toxicité du dérivé oléfinique est nette à 1,5 ppb.: elle l'est toujours à 0,75 ppb., mais de façon moins régulière.
Dr. M.H. Pham-Delègue ( INRA Bures sur Yvette )
(Novembre 2000) : l'ingestion prolongée de sirops contaminés à l'imidaclopride induit une diminution significative des performances d'apprentissage olfactif à un niveau, compris entre 6 et 12 ppb.
Dr. L. Belzunces ( INRA Avignon )
L'ingestion prolongée par l'abeille de 4,5 picogramme par 24 heures, tant de l'imidaclopride que de ses métabolites, faisait apparaître des mortalités significatives, 3 à 4 jours après le début du traitement, ce qui correspond à la période de début de miellée, après laquelle les apiculteurs constatent des dépopulations dans lieus ruches. Selon M. Belzunces, il est très probable que le processus de l'intoxication de l'abeille par l'imidaclopride, passe par une action toxique des métabolites particulièrement nocive et sournoise. La dégradation en métabolites - toxicologiquement significatifs- de l'imidaclopride ingéré par l'abeille est très rapide : la demie-vie de la molécule-parente se situerait entre 2 et 4 heures.
3. Persistance de l'imidaclopride dans les sols et présence dans les cultures non traitées ?
Le CETIOM.
L'imidaclopride serait présent dans les sols plusieurs années après le dernier traitement. Tout au long de ces années, la plante de tournesol non traitée, exprime cet imidaclopride résiduel.
Dr. J.M. Bonmatin ( CNRS Orléans )
Lorsque les traitements datent d'une ou de deux années en arrière, les concentrations de l'imidaclopride résiduel peuvent atteindre plus d'une dizaine de ppb. Même dans le cas d'un traitement GAUCHO antérieur à deux années, l'imidaclopride est encore détectable dans les sols. Il indique que ces résultats sont cohérents avec les récentes études publiées par BAYER. Comme CETIOM, il conclut que le tournesol est capable d'exprimer l'imidaclopride résiduel des sols, même si l'antécédent cultural GAUCHO date de deux années. La capacité d'absorption de l'imidaclopride résiduel des sols, est décroissant dans le sens : tournesol et le maïs, plus que les adventices, plus que le colza, plus que le blé. Le tournesol et le maïs peuvent absorber l'imidaclopride résiduel, avec des teneurs jusqu'à 8 ppb.
IMPORTANT
Devant le grave problème de la trop grande persistance dans les sols de l'imidaclopride, le CETIOM et BAYER se seraient employés à vérifier si son accumulation dans les sols était à craindre Ils auraient estimé que l'accumulation se stabiliserait après 3 années de traitements GAUCHO à un seuil moyen qu'il ne nous est pas donné de connaître. Nous aimerions savoir ce qui permet de soutenir cette position : le protocole CETIOM proposant que la mesure de ses résidus dans la plante de tournesol, serve d'indicateur de l'imidaclopride résiduel dans les sols, n'est certainement pas prêt à être validé !!
M. Bonmatin (CNRS Orléans) a analysé en année N, des sols supportant une culture non - GAUCHO, mais ayant connu GAUCHO au cours des 2 années précédentes, soit à N-1, soit à N-1 et N-2 : leurs teneurs moyennes en imidaclopride sont respectivement de 4,8 ppb. et de 8,6 ppb., ce qui n'invite pas à exclure un phénomène d'accumulation, vu qu'il y a presque un facteur de 2 entre ces 2 valeurs. Aussi peut-on raisonnablement imaginer que des sols avec 3 antécédents GAUCHO ( N-1, N-2, N-3 ), contiennent en moyenne 10 ppb. d'imidaclopride. En acceptant que l'imidaclopride, très peu mobile dans les sols, se maintiendrait surtout dans la couche supérieure d'une épaisseur de 30 cm , on calcule qu'une teneur moyenne de 10 ppb. signifie une charge à l'hectare de 50 grammes d'imidaclopride, donc équivalente à celle qu'implique un traitement GAUCHO sur tournesol !!
Considérant que :
l'imidaclopride a un effet négatif sur le comportement de l'abeille individuelle, pour des critères liés au butinage : dès 1,5 ppb, pour des critères liés à la mémoire olfactif et au recrutement : entre 6 et 12 ppb. En toxicité sub-chronique, et pour des doses journalières de 4,5 picog., il a un impact significatif sur la survie de la butineuse.
s'agissant des effets subléthaux, certains métabolites de l'imidaclopride peuvent être plus toxiques que leur molécule parente.
l'imidaclopride est disponible à travers le nectar et/ou le pollen de fleurs de cultures traitées GAUCHO, à hauteur de quelques ppb., et même jusqu'à 5 ppb.
la quantité d'imidaclopride résiduel accumulée à l'issue de 3 cultures traitées GAUCHO, équivaut à celle amenée par le semis d'un tournesol traité GAUCHO. Tournesol et maïs sont plus particulièrement capables d'absorber l'imidaclopride résiduel.
.... il est évident que - à l'occasion de la floraison du tournesol et du maïs traités GAUCHO ou de celle de toute culture d'intérêt apicole contaminée par des précédents GAUCHO - la butineuse est effectivement exposée à des doses d'imidaclopride qui, en conditions de laboratoire, se révèlent avoir un impact négatif sur elle.
Sur le terrain, cet impact négatif se vérifie à travers les observations des uns et des autres, déjà au moins sur la miellée de tournesol :
Dr. M.E. Colin ( INRA Avignon ) :
En analysant des documents vidéographiques réalisés en 1998 et 1999 dans des champs de tournesol, il conclut que le butinage des tournesols traités ou contaminés GAUCHO, s'effectue de façon moins efficace et avec un comportement différent par rapport à des tournesols de l'agriculture biologique.
Les apiculteurs.
Depuis 1994 pour certains, depuis 95 ou 96 -dépendant des régions- pour les autres, ils témoignent des problèmes d'exploitation par les abeilles de la miellée de tournesol : les phénomènes de dépopulation des ruches et de comportements aberrants des butineuses s'accentuent d'année en année. Pour eux, il n'y a plus aucun doute que ces phénomènes sont très liés à la floraison des cultures : - ainsi 3 à 4 jours de miellée sur tournesol suffisent pour déclencher les problèmes, que cette floraison démarre début juillet comme c'est le cas certaines années, ou 15 jours plus tard comme en 1998. - les ruches d'un même cheptel ayant connu un itinéraire unique, subissent les phénomènes seulement si elles exploitent la miellée de cultures. Celles amenées sur une autre miellée - toutes fleurs, sapin, châtaigner, lavande, ... - y échappent. - l'année d'introduction de GAUCHO sur tournesol dans une région donnée correspond à l'année où les troubles de comportement y ont été observés pour la première fois. Ces phénomènes sont déstabilisants pour la colonie au point de lui interdire toute exploitation normale de la miellée : la régularité et les niveaux inégalés des rendements en miel de tournesol, se sont dégradés à partir des années 95-96, et n'assurent en 2000, plus que 30 à 40 % des rendements d'antan.
Pareil bilan impose le retrait définitif de tout usage de la molécule imidaclopride. Nous n'imaginons pas que les résultats des études (1995-2000) de BAYER - certes juge et partie dans l'affaire - puissent s'éloigner beaucoup de ceux apportés par la recherche publique française. Si par malheur il n'en était pas ainsi, ce serait un camouflet terrible pour l'expertise scientifique, à moins que celle-ci n'ait été contaminée par des considérations d'un tout autre ordre.