mars 12, 2005

pourt6: Les nanotechnologies suscitent déjà des inquiétudes

http://www.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-362965,0.html

Les nanotechnologies suscitent déjà des inquiétudes

LE MONDE | 29.04.04

Les nanosciences promettent la miniaturisation de l'électronique, des
médicaments plus ciblés, des robots autonomes... Avant même leur apparition,
certaines voix affirment que ces nouveaux objets invisibles seront source de
dangers.
Le débat ne dépassait guère un cercle d'initiés lorsque le prince Charles
s'en est mêlé. Il y a un an, il a mis en garde ses concitoyens envers les
"énormes risques environnementaux et sociaux" liés aux nanotechnologies, ces
techniques de manipulation de la matière à l'échelle du milliardième de
mètre. La prise de position princière a été quasi concomitante de la sortie
du dernier best-seller de Michael Crichton, La Proie, Ed. Robert Laffont,
2003. Le roman mettait en scène la "gelée grise", des essaims de nanorobots
capables de s'autorépliquer, échappant à leurs créateurs et menaçant de
coloniser la planète.

La vision du prince Charles comme celle de l'auteur de science-fiction se
sont appuyées sur le rapport d'une organisation non gouvernementale, l'ETC
group (action group on Erosion, Technology and concentration) basé à Ottawa,
intitulé "The Big Down" et passant en revue les risques liés à l'utilisation
incontrôlée des nanotechnologies. Le document faisait lui-même référence à
un ouvrage prospectif du physicien Eric Drexler, Engines of creation (Les
engins créateurs, www.foresight.org/EOC), publié en 1986, et qui spéculait
sur la mise au point de robots fabriqués à une échelle moléculaire et
capables de s'autoreproduire.

Les projections de M. Drexler sont encore loin d'être devenues réalité.
Certes, les scientifiques parviennent désormais à manipuler la matière atome
par atome, à l'assembler en structures rudimentaires, à singer certains
moteurs moléculaires biologiques. Les nanosciences ont fait des progrès
considérables à la frontière entre physique, chimie et biologie. Mais, pour
Louis Laurent, du Département de recherche sur l'état condensé, les atomes
et les molécules du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), il n'y a aucun
risque, à moyen terme, "que quelque chose, dans nos labos, nous saute à la
figure !"

"DONNÉES ALARMANTES"

Si les dangers liés à cette "gelée grise" autoréplicante lui semblent
hypothétiques, il prend plus au sérieux ceux qui menacent la vie privée, à
travers l'émergence de technologies implantables, ou la miniaturisation des
systèmes de surveillance. En ce qui concerne les questions de toxicité, il
considère que ce problème n'est "pas spécifique des nanotechnologies".

Ces derniers mois, pourtant, une série d'articles scientifiques a montré que
les nanomatériaux n'étaient pas si anodins. En janvier, le journal
Toxicological Sciences a ainsi publié deux études mettant en évidence
l'impact de fibres de nanotubes de carbone - un matériau jusqu'à 100 fois
plus résistant que l'acier - sur les poumons de rats. A Houston, l'équipe de
Chiu-Wing Lam (NASA) avait injecté trois types de nanotubes dans l'arbre
bronchique de rats. Trois mois plus tard, ceux-ci souffraient de granulomas,
des réactions inflammatoires susceptibles de dégénérer.

Les toxicologues américains estiment que les nanotubes "peuvent être plus
toxiques que le quartz", un matériau susceptible de causer de sérieux
problèmes de santé en cas d'exposition prolongée. David Warheit, chercheur
chez l'industriel DuPont, a constaté que 15 % des rats exposés aux plus
hautes doses mouraient dans les 24 heures. Les lésions observées chez les
survivants étaient atypiques.

Dominique Lison, directeur de l'Unité de toxicologie industrielle de
l'université catholique de Louvain (Belgique), a fait les mêmes observations
dans son laboratoire. "Si de telles particules sont réellement capables de
parvenir jusqu'aux poumons, les données dont nous disposons sont
alarmantes", indique-t-il, précisant que le protocole expérimental -
injection directe dans les poumons - n'est pas forcément représentatif des
conditions réelles. Pour lui, tout reste à faire dans ce domaine, à
commencer par des études par inhalation "plus réalistes", mais aussi
l'analyse du potentiel cancérogène de ces composants, de leur réactivité
chimique et mécanique.

LE PRÉCÉDENT DES OGM

L'impact sur l'environnement de tels composés commence tout juste à être
étudié. Eva Oberdorster, de l'université méthodiste du Sud, à Dallas
(Etats-Unis), a tenté de mesurer l'effet sur des organismes aquatiques des
fullerènes, des molécules cages sphériques constituées de 60 atomes de
carbone, dont certains espèrent faire des transporteurs ciblés de
médicament. Le premier test concernait les daphnies, des petits crustacées,
dont la moitié mourait au terme de trois semaines d'exposition à des
concentrations de 800 parties par milliard (ppb).

Chez les perches juvéniles, la chercheuse a observé une multiplication par
17 d'anomalies cellulaires dans des échantillons de tissu cérébral. D'autres
laboratoires ont constaté le passage de nanoparticules d'or des rates vers
leurs fotus ou encore du nez jusqu'à l'intérieur du bulbe olfactif.

En France, ce type d'étude est encore rare. "Les résultats sont actuellement
chaotiques, contradictoires", prévient Patrick Bernier, du groupe de
dynamique des phases condensées, à Montpellier. L'étude menée depuis cinq
ans dans son laboratoire, sur des cultures de cellules, n'a pas permis de
mettre en évidence des phénomènes inflammatoires. Mais la grande variété des
produits et des protocoles expérimentaux ne facilite pas les comparaisons.

"C'est un secteur émergent où le volet santé est un peu le parent pauvre,
confirme Olivier Witschger, de l'Institut national de recherche et de
sécurité, à Nancy. Bien souvent, le caractère innovant de ces matériaux est
lié à leur très grande réactivité de surface. Il est donc légitime de
s'interroger sur leurs effets." Le chercheur s'intéresse aux questions
d'exposition par inhalation des nanopoudres, mais a tout juste commencé à
approcher les industriels.

Nanoledge, une start-up de Montpellier qui produit une centaine de grammes
de nanotubes de carbone par semaine, assure appliquer le principe de
précaution. "Nous utilisons des combinaisons spéciales et nous intégrons
rapidement les nanotubes dans des matrices pour éviter que la poudre ne se
disperse", explique Julien Roux, responsable commercial de cette société
d'une dizaine de personnes. "Aucune société ne se risquera à produire des
quantités industrielles avant que des normes précises ne soient édictées",
assure-t-il. Pour l'heure, les utilisateurs - pour 60 % des universitaires -
sont avertis que l'impact sur la santé de ces produits est à l'étude.

Les questions de réglementation planent sur toute une filière, dont les
perspectives d'expansion économiques sont régulièrement mesurées en
milliards de dollars. Tous les acteurs ont en mémoire le précédent des OGM,
prototype du "progrès" qui a suscité le rejet d'une partie des
consommateurs. Echaudé par cette expérience, le gouvernement britannique,
après les déclarations du prince Charles, a demandé à la Royal Society de
peser les bénéfices et problèmes potentiels liés au développement des
nanotechnologies. L'étude est en cours.

Hervé Morin


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A Grenoble, des "objecteurs de conscience"


A Grenoble, l'engagement des acteurs industriels dans les micro et
nanotechnologies, conduit avec l'aide massive des collectivités locales,
rencontre l'opposition de "simples citoyens" qui ont choisi de rester
anonymes pour, disent-ils, éviter de "personnaliser" leurs prises de
position et de se constituer en "énième autorité". Ils s'expriment par voie
de textes bien documentés, diffusés lors d'événements (inaugurations,
congrès) et archivés sur leur site Internet, symboliquement baptisé "Pièces
et main-d'ouvre" (http://pmo.erreur404.org/PMOtotale.htm). Leur démarche,
qu'ils qualifient de "bricolage", a consisté, depuis trois ans, à recueillir
et à recouper les informations publiées sur les technologies convergentes
(nano et biotechnologies, informatique, robotique, sciences cognitives). Se
définissant comme des "objecteurs de conScience", "anticroissance", en
opposition aux scientifiques qui "croient résoudre des problèmes politiques
par des réponses techniques", ils protestent contre "l'automatisation du
cheptel humain" et fustigent l'impact sur l'environnement des
"nécrotechnologies".

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.04.04

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Posted by Sébastien Denys at mars 12, 2005 06:10 PM
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