t3: Happy culture ? api-rupture !
Posted by Sébastien Denys on December 11, 2004 05:30 PM, in categorie(s):
Team 3: abeillles
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Les conséquences de l’affaire Gaucho
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HAPPY CULTURE ? API-RUPTURE !
Les conséquences de l’affaire Gaucho
Depuis les années 50, avec l'essor du commerce des pesticides, les apiculteurs constatent de temps à autre des "épidémies" de mortalité chez leurs abeilles. Depuis le début des années 90, les apiculteurs ont constaté une de ces "épidémies" en France, puis un partout en Europe (Allemagne, Italie, Espagne, Tchéquie, Canada, Danemark,... et Belgique). Ils ont mis en cause une nouvelle génération d’insecticides, dit systémiques, utilisés en enrobage, et plus exactement deux produits: le Gaucho (substance active: l’imidaclopride, produit par Bayer) et le Régent (substance active: fipronil, produit par BASF) à partir de la constatation d’une synchronisation temporelle (la France est le premier pays où ces produits sont distribués) et spatiale (les régions de grandes cultures sont plus touchées).
La France a suspendu l’autorisation de plusieurs insecticides contenant ces molécules. D’autres pays, dont la Belgique, ont décidé de ne pas prendre une telle mesure et attendent les résultats d’une étude sur les multiples facteurs susceptibles d’affecter la survie des abeilles (produits phytosanitaires, climat, maladies, méthodes culturales). Deux décisions qui privilégient la prudence, l’une vis-à-vis des effets négatifs potentiels, l’autre vis-à-vis des implications d’une décision qui ne serait pas scientifiquement étayée. En effet, l’avis des scientifiques, sollicités à plusieurs reprises par le gouvernement français, n’a pas été l’élément déterminant la prise de décision, les rapports rendus établissant que la mortalité des abeilles ne pouvait être uniquement attribuée à l’utilisation de ces insecticides. D’où une contestation de l’efficacité des processus d’homologation par les différentes parties impliquées. Au centre du débat, donc, les effets des produits phytosanitaires à de très faibles doses et les processus d’homologation de ces produits.
La problématique des autorisations de mise sur le marché de ces pesticides illustre l’évolution divergente des intérêts des différents acteurs : elle divise apiculteurs et agriculteurs, partisans du « bio » et firmes productrices de pesticides, spécialistes indépendants et «bayeriens», rendements nécessaires à la subsistance de chacune des parties et exigences de qualité et de sécurité…
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HAPPY CULTURE ? API-RUPTURE !
Les conséquences de l’affaire Gaucho
L’« affaire Gaucho » a suscité beaucoup de bruit. Beaucoup d’entre vous ont sans doute déjà entendu le nom de Gaucho. Actuscience a déjà consacré deux dossiers à son sujet
ð lien vers dossier 1 d’Actusciences
ð lien vers dossier 2 d’Actusciences
Le Gaucho est cependant toujours d’actualité puisqu’en France, le débat a récemment abouti au retrait de la mise sur le marché des semences de maïs et de tournesol traitées au Gaucho jusqu’à ce que la Commission Européenne rende son avis sur le problème.
Tout d’abord, nous vous proposons un rappel de la problématique de la mortalité des abeilles
ð lien vers page « Mortalité des abeilles »
une description des deux pesticides généralement mis en cause (Gaucho et Régent) ainsi que des substances qu’ils contiennent et de leurs applications.
ð lien vers page « Gaucho, Régent et Co : des pesticides apicides ? »
Nous passerons ensuite en revue les autres causes pouvant expliquer la mortalité des abeilles et nous discuterons de la responsabilité du Gaucho.
ð lien vers page « Les abeilles sont fragiles »
ð lien vers page « Le Gaucho : bouc émissaire, victime ou seul coupable ? »
Apparemment, le problème de la responsabilité du Gaucho n’a pas été le seul élément déterminant pour les prises de décisions politiques concernant sa mise sur le marché. Quels sont donc les autres facteurs en jeu ?
ð lien vers page « Les différents acteurs de « l’affaire Gaucho » »
ð lien vers page « Décisions »
Pour terminer, nous avons essayé de cerner les multiples conséquences de ces décisions, à la fois pour le commerce du miel, pour les apiculteurs eux-mêmes et pour leurs relations avec les consommateurs, les agriculteurs, les industries agrochimiques.
ð lien vers page : « les abeilles sauvées ? »
ð lien vers page « l’api-rupture »
N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions à ce dossier, à l’une des adresses suivantes :
ltwyffel@ulb.ac.be
jherouet@ulbac.be
vilefebv@ulb.ac.be
Mortalité des abeilles
Depuis le début des années 90, les apiculteurs ont constaté une surmortalité chez leurs abeilles en France, puis un peu partout en Europe (Allemagne, Italie, Espagne, Tchéquie, Canada, Danemark,... et Belgique) et dans le monde (Canada, USA, Amérique du Sud, Asie du Sud-Est, Costarica)
Nous nous sommes limitées à l’étude du problème en Europe, où la surmortalité s’est accompagnée d’une baisse significative de la production de miel problématique pour la survie des exploitations apicoles, au point que l’Etat français a mis en place un fonds d’aide pour les apiculteurs les plus touchés (+ de 40% du cheptel perdu). Une recherche rapide sur Internet permet d’accéder à de très nombreux témoignages d’apiculteurs sinistrés.
Une proposition de résolution du Parlement européen datant du 23 juin 2003 fait également état de la situation alarmante de l’apiculture en Europe.
http://www.google.be/search?q=cache:bOJALnsurKkJ:www.europarl.eu.int/meetdocs/committees/agri/20030709/492167fr.pdf+effets+des+produits+neurotoxiques%2Babeilles&hl=fr
En Europe, les apiculteurs ont mis en cause une nouvelle génération d’insecticides, dits systémiques, utilisés en enrobage, ou plus exactement deux produits - le Gaucho et le Régent - à partir de la constatation d’une synchronisation temporelle et spatiale entre l’utilisation de ces pesticides et la surmortalité des abeilles.
Les symptômes observés sont particuliers : les ruches se dépeuplent sans que l’on ne retrouve beaucoup de cadavres ni que l’on observe d’essaimage. Le nombre d’ouvrières diminuant, le couvain est moins bien nourri et le restant de le ruche souffre de sous-nutrition.
Gaucho, Régent and Co : des pesticides apicides ?
Le Gaucho est produit par la firme Bayer et sa substance active est l’imidaclopride.
Le Régent, lui, est produit par BASF et contient du fipronil.
Ces deux pesticides sont des insecticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils se répandant dans tous les tissus de la plante et la protègent donc entièrement. Cela signifie que les graines et le pollen en contiennent également.
Ils présentent de nombreux avantages, liés au fait qu’ils sont utilisés en enrobage. Ils ne sont pas pulvérisés sur les champs mais incorporés dans une pellicule à base d’amidon que l’on « colle » sur les semences. Cela permet :
1) que la substance active soit diffusée tout au long de la croissance de la plante ;
2) que l’agriculteur ne doive pas pulvériser lui-même, ce qui représente un gain de temps et d’argent considérable puisque cela diminue la main-d’œuvre et la consommation en carburant.
3) Cela présente aussi l’avantage de réduire la quantité de produit nécessaire par hectare. De plus, cela diminue les risques de contact des agriculteurs avec le produit.
L’imidaclopride et le fipronil sont utilisés presque partout dans le monde (plus de 140 pays), mais ils sont conditionnés sous plusieurs produits différents.
ð lien vers « imidaclopride »
L’imidaclopride est présent dans 18 produits différents en France, dont différentes sortes de Gaucho, de Confidor, de Provado et de Férial, le Polyaxe, l’Imprimo et le B CHJ, qui sont tous des insecticides utilisés sur des plantes, et enfin dans des produits utilisés pour lutter contre les parasites des animaux domestiques : Quick Bayt, Advantage, Advocate.
Pourquoi mettre ces produits sur les plantes ?
Images : blé, maïs, tournesol, betterave, orge, structure molécule
ð Gaucho => lutte contre les pucerons, les cicadelles et les taupins sur les cultures de tournesol, maïs, blé et betterave.
Au 18 décembre 2002, 50% du maïs était traité « Gaucho ».
ð Férial : à peu près pareil pour les cultures d’orge.
ð Confidor => lutte contre différents pucerons du feuillage sur les arbres fruitiers et les plantes ornementales.
ð Provado => lutte contre des ravageurs divers des plantes d’appartement, destiné à l’utilisation par les particuliers (nettement moins concentré que les autres produits.
Quelle est l’action de l’imidaclopride sur les insectes ?
L’imidaclopride est un agent neurotoxique pour les insectes.
ð Lien vers « fipronil »
Image fipronil
Le fipronil est également commercialisé sous différentes formes, dont la plupart ont été retirées de la vente en France : Régent, Texas, Zoom. D’autres produits y sont toujours disponibles, tels que Afourmi, Cafanet et Formilex. Il s’agit de traitements généraux du sol, principalement destinés à supprimer les fourmis, les cafards, les courtilières…
Pour plus d’informations concernant tous les produits phytosanitaires utilisés en France, consultez le site :
ð lien vers le site http://e-phy.agriculture.gouv.fr/wiphy/
Les abeilles sont fragiles
Les abeilles sont sensibles à un grand nombre de produits mais aussi aux maladies et aux parasites. Par le passé, on a déjà constaté des « épidémies de mortalité » telles que celle que l’on a observée récemment en Europe, mais où l’on peut être sûr qu’il n’y avait pas de lien avec l’imidaclopride ou le fibronil.
Par exemple, dans les années 1920, une épidémie d’acariose a éradiqué les abeilles d’Angleterre.
Les ruches peuvent aussi être frappées par le varroa (Varroa jacobsoni), un acarien que l’on a détecté pour la première fois en 1904 en Asie du Sud-Est. Ce parasite est apparu en France en 1982 et en 1983, il avait colonisé toute la France, causant de gros dégâts dans les exploitations apicoles. Certains produits luttant contre le varroa, par exemple le Périzin, ont également été incriminés dans le phénomène de dépopulation des ruches. Le Périzin rendrait en effet les reines stériles. A noter : ce produit était également commercialisé par Bayer, qui a aussi fabriqué le Coumaphos (que les apiculteurs utilisaient en France bien qu’il n’y soit pas officiellement autorisé) ainsi que le Bayvarol.
En plus d’être un parasite, le varroa est un vecteur de nombreuses maladies des abeilles causées par des virus et des spiroplasmes.
Le varroa, quand il ne tue pas les abeilles, les affaiblit. Il pourrait donc les rendre plus sensibles à l’action des pesticides.
En effet, pour certains pesticides, il n’y a pas eu de controverse comme c’est le cas pour le Gaucho : leur nocivité a été démontrée dès l’essor de leur utilisation, à partir des années 1950. Les pesticides mis en cause étaient en général des organophosphates (ex : méthyl parathion), des carbamates (ex : carbamyl) ou des organochlorés (ex : DDT)
En 1967, aux Etats-Unis, les dégâts causés sur les ruches furent si graves et si évidents que les autorités mirent en place un programme d’indemnisation des apiculteurs touchés par le problème ainsi qu’une agence chargée de contrôler la mise sur le marché des produits phytosanitaires.
ð lien vers articles USA :
http://maarec.cas.psu.edu/bkCD/Pollination/Pesticides_Mortality.html
Un autre problème est que les conditions d’application des pesticides ne sont pas toujours respectées par les agriculteurs.
L’abeille peut être parasitée au niveau de la trachée par un autre acarien, Acaparis woodi.
Comme tout autre organisme, elle présente tout un cortège de maladies typiques, causées par des bactéries, des champignons, des virus…
La dépopulation des ruches pourrait être expliquée par une essaimage intensif et répété.
D’autres facteurs encore ont été pointés du doigt : certains accusent des changement climatiques (point de vue température, humidité de l’air…), des modifications de l’aménagement du territoire (manque de fossés et de mares où les abeilles peuvent boire, manque de haies constituant des refuges), diminution de la biodiversité : y aurait moins de fleurs sauvages et donc les plantes butinées seraient de plus en plus des plantes de cultures, traitées par des pesticides ; d’autre part, une alimentation monoflorale peut entraîner des carences.
ð lien vers divers sites évoquant ces autres causes de mortalité :
http://www.gauches.net/article1025.html
En résumé, plusieurs causes de mortalité des abeilles sont d’origine anthropique. En plus de l’utilisation des pesticides et des modifications de l’environnement et/ou du climat dues aux activités humaines, il est important de noter que la mondialisation de l’économie a aussi des conséquences sur la santé des abeilles : de nos jours, les maladies se répandant plus facilement d’un continent à l’autre ; les apiculteurs s’échangent des reines-mères de différentes variétés, mais aussi des microbes et des parasites… Le varroa aurait été introduit en Europe par ce biais.
Le Gaucho : bouc émissaire, victime ou seul coupable ?
En voyant le nombre de facteurs pouvant affectés les abeilles, nous nous sommes demandés pourquoi le Gaucho avait été pointé du doigt par les apiculteurs et si cette accusation avait été confirmée ou infirmée par des études scientifiques…
Résultats de notre recherche :
ð Bayer affirme que les études qu’ils ont réalisées montrent l’absence de corrélation entre l’utilisation de semences protégées Gaucho et les phénomènes observés sur les abeilles. Cependant, nous n’avons pas trouvé ces études sur Internet.
ð Par contre, nous avons eu l’occasion de lire plusieurs études commandées par le Ministère de l’Agriculture français, réalisées par des experts. Ces études sont d’une lecture peu aisée pour les néophytes et il est difficile d’apprécier leur pertinence.
Nous ne sommes encore que des élèves. Néanmoins, nous avons pu observer dans un rapport de la Comtox (cf lien ci-dessous), le manque de concordance entre les résultats obtenus par différents laboratoires : une analyse concluait à une DL 50 (dose létale 50 = concentration de produit toxique provoquant la mort de la moitié de la population) mille fois inférieure à la DL20 (dose létale pour 20% de la population) trouvée par une autre analyse ! Cette différence est au moins en partie due au fait que les individus testés sont d’âge différent. On voit donc qu’il est nécessaire d’améliorer et d’harmoniser les protocoles servant à déterminer la toxicité pour les abeilles.
De manière générale, les études concluent que l’imidaclopride ne peut être le seul responsable de la dépopulation des ruches et de la baisse de production du miel, sans prouver pour autant qu’il est inoffensif.
o liens
ð Avis de la commission relatif à l'évaluation des risques pour les abeilles de l'utilisation de la préparation Gaucho (imidaclopride) utilisée pour le traitement de semences de maïs en réponse à la saisine du ministère de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, en date du 16 octobre 2002
http://www.agriculture.gouv.fr/spip/IMG/pdf/avis_comtox_gaucho-1.pdf
ð Etude expérimentale du 24 février 2004 de la toxicité de l’imidaclopride distribué dans le sirop de nourrisseurs à des colonies d’abeilles (Apis mellifera) réalisée à la demande de l’AFSSA (Agence française de Sécurité Alimentaire) par Faucon & al., Laboratoire d’études et de recherches sur la pathologie des petits ruminants et des abeilles.
http://www.afssa.fr/ftp/afssa/resume.pdf
ð Avis du groupe "abeilles" de la commission d'étude de la toxicité du 25 mars 2004
http://www.agriculture.gouv.fr/spip/IMG/pdf/gpeabeilles-2-2.pdf
ð Avis du 12 mai 2004 de la commission d'étude de la toxicité en réponse à la saisine de la Direction générale de l'alimentation concernant l'évaluation du risque, pour les abeilles, de l'usage de semences de tournesol et de maïs enrobées de la préparation Gaucho contenant comme matière active l'imidaclopride.
http://www.agriculture.gouv.fr/spip/IMG/pdf/aviscomtoxmai04-2.pdf
Par contre, elles ont montré que le fipronil peut causer des mortalités importantes et rapides sur des ruchers, raison pour laquelle beaucoup de produits contenant du fipronil ont été retirés de la vente en France (Régent, Zoom, Schuss…)
ð Avis de la commission relatif à des mortalités importantes d'abeilles suite aux semis de tournesol dans la région Midi-Pyrénées en réponse à la saisine du ministère de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, en date du 25 avril 2003
http://www.agriculture.gouv.fr/spip/IMG/pdf/comtox_fipronil.pdf
Après avoir abondamment parcouru la littérature disponible sur Internet, nous avons tendance à partager cet avis et nous pensons qu’il y a bien un lien entre l’utilisation des semences traitées Gaucho et les phénomènes observés par les apiculteurs dans les ruchers. En effet, les apiculteurs que nous avons consultés connaissent les symptômes que produisent le varroa et d’autres maladies graves des abeilles. Ces symptômes sont différents de ceux qu’ils ont observé: colonies peinant à se développer, puis diminution du nombre d’individus sans qu’on retrouve de cadavres. Ces symptômes seraient facilement explicables si les abeilles souffraient de troubles nerveux affectant leur sens de l’orientation, ce qui est un des troubles que pourrait causer le Gaucho, de par son action neurotoxique. L’autre explication possible à l’absence de cadavres pourrait être que les abeilles quitteraient les ruches par essaimage. Or les apiculteurs surveillent leurs ruches sans constater d’essaimage anormalement important.
Les différents enjeux de « l’affaire Gaucho »
Plusieurs acteurs ont un intérêt dans le commerce des pesticides.
Dans le cas de l’ « affaire Gaucho »,
· BAYER, qui détient le brevet de l’imidaclopride.
ð lien : Les enjeux/ Bayer
· Les agriculteurs utilisant des semences traitées ainsi que les associations d’agriculteurs.
ð lien : Les enjeux/ Agriculteurs
· Les apiculteurs qui voient leur cheptel se réduire ainsi que les associations d’apiculteurs.
ð lien : Les enjeux/ Apiculteurs
· Les consommateurs => ils veulent des produits sains et bon marché.
ð lien : Les enjeux/ Consommateurs
D’autres acteurs sont supposés impartiaux :
· Le gouvernement
· Les collectifs de scientifiques consultés
lien : Les enjeux/ Bayer
Pour la firme Bayer, l’autorisation de mise sur le marché de la molécule d’imidaclopride est un enjeux économique important, puisque la firme a investi 150 millions d’euros pour sa commercialisation et qu’en 1999 (avant le retrait de son autorisation de mise sur le marché en France), ce produit représentait près de 35% de son chiffre d’affaires (chiffre trouvé sur http://apisite.online.fr/gaucho1.htm).
lien : Les enjeux/ Agriculteurs
Pour les agriculteurs, les enjeux sont également faciles à cerner : sans imidaclopride, les agriculteurs seraient à nouveau confrontés au problème des ravageurs (cicadelles, taupins, pucerons, courtilières…). La production des champs autrefois traités Gaucho risque donc de diminuer.
D’un autre côté, pour les plantes pollinisées par les abeilles, le retrait de l’imidaclopride peut avoir un effet bénéfique s’il restaure les populations d’abeilles : en effet, dans ce cas, la pollinisation sera plus importante et donc le rendement en graines pourrait augmenter.
Sur les plantes non concernées par l’imidaclopride, on devrait récolter plus de graines, tandis que sur les cultures autrefois protégées par le Gaucho ou d’autres substances contenant la molécule, telles que le tournesol, le rendement en graines devrait moins diminuer, rester pareil voire même augmenter.
Si les agriculteurs n’aiment qu’on leur enlève un produit auxquels ils sont habitués, ce produit n’est pas la seule solution pour lutter contre le problème des ravageurs.
Le Cruiser, un insecticide produit par la société Syngenta, pourrait remplacer le Gaucho pour le traitement des semences de betteraves. Son principe actif n'est pas l'imidaclopride mais une molécule proche, le thiamethoxame. Il s'agit également d'un insecticide systémique vendu sous forme d'enrobage de semences.
Syngenta affirme que le Cruiser est toxique par contact direct pour les abeilles, mais qu'il n'y a pas de risque en cas d'enrobage des semences de plantes mellifères (colza, tournesol).
Le retrait du Gaucho pourrait constituer un pas de plus vers l’utilisation de la lutte biologique, qui, si elle nécessite également des études d’impact sur l’environnement, est plus écologique.
Des méthodes de luttes contre les ravageurs visés existent déjà :
ð lien vers exemples de lutte biologique (ci-dessous)
Lutte contre les psylles :
Ex : lutte contre le psylle du poirier grâce à Anthocoris, un hétéroptère polyphage qui est vendu en Belgique.
Lutte contre les aleyrodes :
Ex : lutte contre la mouche blanche grâce à Encarsia Formosa.
Lutte contre les pucerons :
Ex : lutte contre le puceron lanigère (ravageur du pommier/poirier) grâce à Aphelinus mali, un hyménoptère.
De manière générale, plusieurs pucerons peuvent être détruits par l’introduction d’hyménoptères.
Lutte contre les thrips (thysanoptères) :
On peut lutter contre les thrips en utilisant des acariens et de petits hétéroptères.
L’utilisation de PGM (plantes génétiquement modifiées) pourrait également être une solution plus « propre » au problème des ravageurs.
ð lien : Les enjeux/ Apiculteurs
Les apiculteurs espèrent que le retrait de l’imidaclopride résoudra le problème de surmortalité qu’ils ont constaté chez leurs abeilles depuis sa mise sur le marché.
ð lien : Les enjeux/ Consommateurs
De plus en plus de gens exigent une agriculture « bio », n’utilisant pas de pesticides. Les consommateurs penchent donc plutôt pour le retrait des pesticides en général.
Néanmoins, les consommateurs ne sont pas toujours prêts à payer plus cher leurs produits alimentaires. Bon gré mal gré, ils participent d’un système globalement capitaliste, qui encourage le productivisme en agriculture.
Décisions prises en France et en Belgique
Pour l’ «affaire Gaucho », il est très difficile de trouver sur le réseau internet un compte rendu complet des décisions qui ont été prises par les différents gouvernements européens.
En France, les semences de mais et de betterave traitées Gaucho ont obtenu une AMM ( autorisation de mise sur le marché) en février 1992. Les semences se tournesol, elles ont été mises sur le marché en 1993. Ce produit est commercialisé par une grande firme Bayer, fortement implantée dans le commerce de produits phytosanitaires.
C’est en 1994 que l’on recense les premières plaintes des apiculteurs. Ceux-ci accusent le Gaucho d’être responsable du comportement anormal de leurs abeilles et d’une hausse de mortalité au sein de leur cheptel.
En 1998, sous la pression des apiculteurs, le Ministère de l’agriculture commande des études de laboratoire ainsi que des études sur le terrain. Les résultats génèrent des suspicions sur le produit sans pour autant prouver sa responsabilité. En effet, ces études montrent que le temps de rémanence de l’imidaclopride est plus long que celui annoncé par Bayer ( information que Bayer s’est bien gardé de transmettre lors de la mise sur la marché de son produit…). Le Ministère décide quand même par précaution le retrait provisoire de l'AMM du Gaucho en traitement de semences de tournesol. Cette mesure est assez exceptionnelle. En avril (99), Bayer et diverses entreprises de semences ont déposé une requête visant à annuler cette décision qu ‘elles qualifient d’abus de pouvoir de la part du Ministre. L’UNAF (Union nationale des apiculteurs français), le SNA (Syndicat national d’apiculture) et le SPMF (Syndicat des producteurs de miel de France) demandent le maintien de cette décision.
Jusqu’en mai 2004, plusieurs autres études ont été financées soit par les fédérations apicoles ou l’Etat, soit par Bayer et diverses entreprises productrices de semences. Aucune de ces études n’a pu prouver que c’était effectivement le gaucho qui était responsable de la mortalité croissante des abeilles.
Depuis le 25 mai 2004, la France a retiré au Gaucho son AMM pour le traitement des semences de tournesol et de maïs jusqu'à la réévaluation de cette substance par la Commission européenne en 2006. Victoire pour les apiculteurs, craintes pour les agriculteurs, surtout les grands producteurs de maïs. Hervé Gaymard, le ministre français de l’agriculture, s’est s'engagé à trouver une solution dans l'année (c’est-à-dire en 2004).
Bayer se dit étonné et rappelle que la France est le seul pays européen où les AMM du gaucho sur tournesol et maïs ont été suspendues.
Les organisations agricoles s’inquiètent des conséquences selon eux « très graves » de la suspension de l’AMM sur maïs. Ils jugent qu’une perte de 540 000 qx de maïs devrait être enregistrée. Ils demandent au ministre de retirer une décision qu’ils jugent « politicienne et irrationnelle ».
En Belgique, fin des années nonante, le gouvernement avait été alarmé par la problématique Gaucho. Mais le Ministère de l’environnement n’a pris aucune décision, ni n’a commandé quelconque enquête ou étude. Il est vrai que le nombre d’apiculteurs en Belgique est beaucoup moins important qu’en France, et dès lors la pression exercée sur le gouvernement était moins forte !!!
Cependant, il ne faudrait pas croire qu’on ne s’active pas dans notre petit pays. De nombreuses petites associations comme le CARI, les apiculteurs du Hainaut , et des politiciens comme Marie-Rose Cavalier (écolo) tentent de remuer ciel et terre pour que des décisions soient prises à fin de plus vivre des « printemps silencieux » ( printemps où les abeilles sont tellement peu présentes, qu’il règne dans nos compagnes un silence inhabituel pour la saison de pollinisation ).
Actuellement le gouvernement Belge a décidé de ne pas suivre les mesures prises par son voisin et a choisi d’attendre les résultats d’une étude, qui devrait être faite par le CARI, sur les multiples facteurs susceptibles d’affecter la survie des abeilles (produits phytosanitaires, climat, maladies, méthodes culturales).
Les positions belge et française privilégient donc toutes les deux la prudence, l’une vis-à-vis des effets négatifs potentiels, l’autre vis-à-vis implications d’une décision qui ne serait pas scientifiquement étayée.
Un api-end ?
A l’heure actuelle, nous n’avons pas obtenu de données concernant l’évolution des problèmes de mortalité des abeilles en France depuis le retrait de d’autorisation de mise sur le marché du 25 mai 2004.
Il serait intéressant de rechercher des données sur cela après l’épuisement des stocks de semences de tournesol traitées.
L’api-rupture
Mis à part les conditions sanitaires dans les ruchers, qu’a changé l’ «affaire Gaucho » ?
Aujourd’hui, les apiculteurs sont plus unis qu’autrefois. En France, les fédérations les regroupant ont pris de l’importance et ont fait entendre leur volonté haut et fort Ce sont leurs contestations qui ont fait pencher la balance quand le ministre a dû prendre une décision.
On a également pu constater l’émergence de mailing lists et de nombreux sites et forums de discussion liés à l’apiculture sur Internet.
Toutefois, la solidarité que l’on observe chez les apiculteurs s’est parfois construite aux dépens de leurs liens avec d’autres corporations : leurs liens avec les agriculteurs et les arboriculteurs semblent moins forts qu’autrefois. Par exemple, on nous a rapporté que certains apiculteurs rechignaient maintenant à « prêter » leurs abeilles aux cultivateurs de pommes à l’époque où doit avoir lieu la pollinisation.
Si les agriculteurs européens (au départ eux aussi, pour la plupart, de petits producteurs centrés sur une activité familiale) ont été forcés de rentrer dans un système capitaliste de production de masse, les apiculteurs ne sont pas prêts à prendre cette voie. Bien sûr, quelques marques de miel se retrouvent dans toutes les grandes surfaces, mais l’avenir du miel ne se trouve pas dans les rayons de supermarché. Le miel va sans doute devenir un produit de luxe, ciblant la nouvelle bourgeoisie réclamant produits bio et originaux.
Bien qu’ils aient de temps en temps recours à des agents chimiques pour traiter leurs abeilles contre les maladies, les apiculteurs sont souvent écologistes dans l’âme et n’acceptent pas le joug des multinationales, avec lesquelles ils restent fâchés.
L’ «affaire Gaucho » a marqué une rupture entre ces artisans et la logique de productivisme qui prévaut aujourd’hui dans le secteur agricole.