pourt2: Un immense océan de soja qui détruit la pampa (New Scientist)

Posted by Sébastien Denys on November 22, 2004 04:12 PM, in categorie(s): Team 2: maïs ensilage
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Un article de New Scientist traduit dans le Courrier International qui aborde les conséquences du développement des cultures de soja OGM en Argentine et corrélativement des monocultures industrielles d'exportations avec comme conséquence, appauvrissement des sols, ...

Courrier international - n° 731 - 4 nov. 2004

Enquête
SEPT ANS D’OGM EN ARGENTINE - Un immense océan de soja qui détruit la
pampa

Au début, la culture du soja transgénique a rapporté des fortunes, et
les Argentins n’ont plus cultivé que ça. Puis les ennuis ont commencé :
abus d’herbicides, stérilité des sols, réduction de la biodiversité.
Bilan.

Il y a un an, Colonia Loma Senés était un coin tranquille du nord de
l’Argentine. C’était avant l’arrivée du nuage toxique. Depuis, “le
poison a envahi nos terrains et nos maisons”, se souvient Filemón
Sandoval, un paysan. “Aussitôt, nos yeux ont commencé à brûler et des
boutons sont apparus sur les jambes de nos enfants.” Le lendemain
matin, les villageois ont découvert des scènes de désolation. “Presque
toutes nos récoltes étaient gravement endommagées”, raconte la femme de
Sandoval, Eugenia. Les semaines suivantes, des animaux domestiques sont
morts ou ont mis bas des petits mort-nés. Plusieurs mois après, les
bananiers étaient encore tout rabougris, et leurs fruits immangeables.
Les villageois ont très vite pointé du doigt une exploitation voisine
qui cultivait du soja transgénique résistant aux herbicides à base de
glyphosate [un produit peu toxique traditionnellement employé pour
traiter ces cultures]. Un mois plus tard, des agronomes de l’université
nationale de Formosa se sont rendus sur les lieux et ont confirmé leurs
doutes. Comme des milliers d’agriculteurs qui cultivent du soja
transgénique en Argentine, cette ferme avait été obligée de prendre des
mesures drastiques contre les mauvaises herbes et avait arrosé ses
terres – et celles du voisinage – d’un mélange d’herbicides puissants.
Les villageois ont poursuivi ces exploitants devant les tribunaux et
ont obtenu l’arrêt des pulvérisations et la reconnaissance du
préjudice. Mais leur victoire fut de courte durée. En septembre
dernier, la ferme a été reprise par de nouveaux exploitants, qui ont
recommencé à pulvériser les cultures.

Le cas de Colonia Loma Senés n’est pas isolé. Au cours des huit
dernières années, une énorme proportion de terres arables en Argentine
a été consacrée à la culture du soja transgénique. De nombreuses
plaintes ont été déposées en raison des dommages causés aux récoltes
par le glyphosate et d’autres herbicides. “Nous n’avons aucune idée des
préjudices subis à l’échelle du pays, car les autorités n’exercent pas
un contrôle suffisant”, dénonce Walter Pengue, un agroécologiste de
l’université de Buenos Aires. Compte tenu de l’engouement de
l’Argentine pour cette nouvelle culture, l’expert prévoit une
multiplication des incidents de ce type.
La culture des OGM n’est pas la seule coupable des difficultés de
l’agriculture argentine. La crise économique est aussi largement
responsable. Mais l’expérience du pays dans ce domaine a mis en
évidence des problèmes dont le reste du monde ferait bien de se
préoccuper, notamment des pays en développement comme le Brésil, le
deuxième producteur de soja de la planète après les Etats-Unis [voir
page 45].

En 1997, l’Argentine a été l’un des premiers pays du monde avec les
Etats-Unis à permettre les cultures d’OGM. L’importation massive du
soja Roundup Ready de Monsanto, une variété résistante au glyphosate –
produit commercialisé sous le nom de Roundup par la compagnie – a ainsi
été autorisée. Les agriculteurs argentins ont vu dans cette nouvelle
culture la solution à certains de leurs problèmes les plus urgents.
Depuis la fin des années 1980, la pampa, la région agricole la plus
vaste – 5 millions d’hectares – et la plus fertile du pays, souffrait
d’une sérieuse érosion des sols sur la moitié de sa surface. Selon
l’Institut national de la technologie agricole (INTA), le rendement des
terres du grenier à céréales de l’Argentine avait diminué de plus d’un
tiers. Pour tenter de remédier à l’érosion, les agriculteurs ont
d’abord essayé de planter les graines de soja sans labourer la terre.
Mais leurs champs étaient de ce fait envahis par les mauvaises herbes.
Le soja Roundup Ready est alors apparu comme un cadeau du ciel. Les
paysans pouvaient pratiquer la culture sans labour en se contentant de
deux arrosages de glyphosate par an aux moments clés de la saison – au
lieu de cinq ou six auparavant. De plus, les semences étaient livrées
avec le matériel et les pesticides adéquats. Les coûts de production
étaient donc moins élevés. Contrairement aux Etats-Unis, où les
agriculteurs devaient payer un droit d’au moins 35 % pour cultiver des
OGM, l’Argentine n’était signataire, à l’époque, d’aucun accord
international sur les brevets. Monsanto ne pouvait donc les taxer que
légèrement s’il ne voulait pas être concurrencé par des entreprises
produisant des génériques. L’alimentation du bétail créant une demande
mondiale de soja apparemment insatiable, les paysans argentins se sont
rués sur le secteur. L’un des rares à générer des bénéfices,dans une
économie en pleine crise. Des citadins qui souhaitaient profiter de
l’aubaine ont loué des terres à de petits propriétaires appauvris et y
ont cultivé du soja. Anta, l’exploitation agricole de Colonia Loma
Senés poursuivie en justice, a bénéficié de ces opérations.
En 2002, près de la moitié des terres arables argentines (11,6 millions
d’hectares) étaient plantées de soja, le plus souvent transgénique.
Depuis la pampa, le soja a progressivement gagné des régions très
pauvres et écologiquement fragiles comme les provinces du Chaco, de
Santiago del Estero, de Salta et de Formosa, dans le nord du pays. Le
groupe Monsanto lui-même n’avait pas imaginé que la propagation du soja
Roundup Ready serait aussi rapide. Au départ, tout semblait
merveilleux. De 1997 à 2002, la superficie occupée par le soja a
augmenté de 75 % et le rendement a fait un bond de 173 % [voir
graphique]. Les premières années, l’opération s’est également révélée
salutaire pour l’environnement. L’érosion des sols s’est ralentie et le
glyphosate était moins toxique que les autres produits.

Quand les cours mondiaux du soja ont commencé à décliner du fait de
l’accroissement de l’offre, les agriculteurs argentins ont continué à
prospérer, Monsanto ayant progressivement divisé par deux le prix du
Roundup. Les agriculteurs argentins ont gagné au total quelque 5
milliards de dollars. Cependant, quelques agronomes ont commencé à
tirer la sonnette d’alarme. La conversion générale et incontrôlée au
soja transgénique avait engendré des problèmes imprévus. Dans une étude
américaine publiée en 2001 par le Northwest Science and Environmental
Policy Center, le conseiller en économie agricole Charles Benbrook [le
José Bové américain] soulignait que les producteurs argentins de soja
Roundup Ready utilisaient deux fois plus d’herbicide que ceux qui
cultivaient du soja ordinaire, et cela à cause des mauvaises herbes
résistantes. Il notait également que les Argentins avaient recours au
glyphosate plus souvent que leurs homologues américains (2,3
applications en moyenne par an, contre 1,3). “L’histoire nous montre,
écrivait-il, que lorsqu’on s’en remet à une seule stratégie pour lutter
contre les mauvaises herbes ou les insectes, on court à l’échec, car
des réactions écologiques et génétiques s’ensuivent à long terme.” Il
recommandait aux agriculteurs argentins de réduire de moitié leurs
superficies plantées de Roundup Ready afin de restreindre l’usage du
glyphosate. “S’ils ne réagissent pas, ils risquent de se trouver
confrontés à de graves problèmes, notamment une modification de la
microbiologie du sol”, soulignait-il.

Ses avertissements n’ont eu aucun effet. Compte tenu des difficultés
économiques du pays et de la rentabilité du soja – la plus forte de
tous les produits d’exportation –, le gouvernement argentin a préféré
faire la sourde oreille. Les superficies plantées de Roundup Ready ont
continué d’augmenter. Les agriculteurs, touchés par l’effondrementdu
peso en 2001, se sont de plus en plus orientés vers la monoculture du
soja, les autres céréales n’étant plus rentables sur le marché
intérieur. La consommation de glyphosate a elle aussi augmenté : selon
les estimations de Walter Pengue, elle atteignait 150 millions de
litres en 2003, contre 13,9 millions en 1997.

Lors d’une étude de l’impact du soja Roundup Ready sur les mauvaises
herbes, Delma Faccini, de l’université nationale de Rosario, a
découvert que plusieurs variétés d’herbes résistantes au glyphosate,
peu répandues jusque-là, avaient proliféré. Par ailleurs, des agronomes
de l’agence de l’INTA à Venado Tuerto, près de Rosario, ont rapporté
que les agriculteurs étaient obligés d’utiliser de plus fortes
concentrations de glyphosate.

La troisième prédiction de Charles Benbrook – la modification de la
microbiologie du sol – est également en train de se réaliser. “La
quantité d’herbicide utilisée est si importante que le sol contient
moins de bactéries et devient inerte, ce qui entrave le processus de
décomposition”, explique l’agronome Adolfo Boy, qui milite contre la
culture des OGM. “Dans certaines exploitations, il est même nécessaire
de débarrasser la terre de la végétation morte”, ajoute-t-il. A son
avis, la niche écologique qui s’est libérée va attirer les limaces, les
escargots et les champignons.

Les Etats-Unis, eux non plus, ne sont pas épargnés. Selon le généticien
canadien Joe Cummins, des analyses conduites dans le Midwest sur
l’effet des herbicides, en particulier le glyphosate, sur les
communautés microbiennes contenues dans le sol ont révélé une
colonisation progressive des racines du soja Roundup Ready par le
champignon Fusarium.

Un autre problème auquel les agriculteurs argentins doivent faire face
est la prolifération du soja “spontané”. Celui-ci germe à partir de
graines perdues durant la récolte et résiste à des doses normales de
glyphosate. Des entreprises agrochimiques comme Syngenta en profitent
pour vendre leurs produits en présentant le soja spontané comme une
mauvaise herbe et en conseillant aux paysans d’utiliser un mélange de
paraquat et d’atrazine pour en venir à bout. D’autres entreprises, dont
Dow Agroscience, recommandent de mélanger le glyphosate à des
herbicides tels que le metsulfuron et le clopyralide [des mélanges
hautement toxiques].

Mais tous les scientifiques argentins ne sont pas convaincus que
l’usage intensif de glyphosate soit si néfaste et certains affirment
que la situation est loin d’être critique. “Il existe réellement des
problèmes de tolérance des mauvaises herbes, mais pas à une échelle
suffisante pour affecter sérieusement l’ensemble des récoltes ou
menacer l’avenir de la culture du soja”, affirme Carlos Senigalesi,
directeur de projets de recherche à l’INTA. Pour lui, les problèmes
viennent moins du soja transgénique que du fait que les agriculteurs ne
cultivent plus que du soja. “La monoculture n’est bonne ni pour les
sols ni pour la biodiversité ; le gouvernement devrait encourager les
paysans à revenir à la rotation des cultures, dit-il. Mais, chez nous,
c’est la loi du marché qui l’emporte. Les agriculteurs ne reçoivent pas
de directives. Il n’y a ni subventions, ni prix minimal. Je pense que
l’Argentine est le seul pays au monde où les autorités n’ont pas de
plan précis pour l’agriculture et s’en remettent totalement aux forces
du marché.”

Récemment, l’INTA a pourtant commencé à exprimer ses préoccupations.
Dans un rapport publié en décembre 2003, elle critique le manque de
planification du développement de l’agriculture et met en garde contre
un déclin inévitable de la production. La dégradation quantitative et
qualitative des réserves du pays en ressources naturelles peut être
irréversible si rien n’est fait pour remédier à cette situation. La
filiale argentine de Monsanto a refusé de s’exprimer sur ces
accusations, mais elle s’est dite préoccupée par la situation et
convaincue que la rotation des cultures est préférable à la
monoculture. L’entreprise commence elle-même à pâtir du manque de
contrôle des autorités : en janvier, elle a brusquement suspendu ses
ventes de semences de soja Roundup Ready en expliquant que les
agriculteurs argentins achetaient la moitié de leurs semences au marché
noir. Pour Charles Benbrook, tout cela s’ajoute à des perspectives déjà
très sombres. “L’Argentine est confrontée à de gros problèmes
agronomiques et elle n’a ni les ressources ni le savoir-faire
nécessaires pour les résoudre, explique-t-il. Elle s’est convertie aux
OGM plus rapidement et radicalement que tous les autres pays du monde.
Elle n’a pas pris les précautions qui s’imposaient pour résoudre les
problèmes de résistance des mauvaises herbes et protéger la fertilité
des sols. Au train où vont les choses, je ne pense pas que
l’agriculture puisse tenir au-delà de deux ans.” L’Argentine était
naguère l’un des plus gros fournisseurs mondiaux de denrées
alimentaires, notamment de blé et de viande de bœuf. Mais la
“sojaïsation” de l’économie, comme disent les Argentins, a mis fin à
tout cela. Quelque 150 000 petits exploitants ont perdu leurs terres,
et la production de nombreuses denrées, dont le lait, le riz, le maïs,
les pommes de terre et les lentilles, a chuté. On cite souvent
l’Argentine comme un exemple de ce qui peut arriver quand on privilégie
la production d’une seule denrée pour le marché mondial au détriment de
la sécurité alimentaire. Quand cette denrée est produite dans un
système de quasi-monoculture, reposant de surcroît sur une technologie
hasardeuse et fournie par des multinationales, la situation devient
d’autant plus risquée. Pour l’heure, peu de pays ont opté pour les OGM
: les Etats-Unis et l’Argentine représentent à eux seuls 84 % des
récoltes mondiales. Mais certains gouvernements, dont celui de la
Grande-Bretagne, semblent de plus en plus disposés à autoriser leur
culture. Ils feraient bien de regarder du côté de l’Argentine pour
avoir une idée des conséquences fâcheuses auxquelles ils s’exposent.

Sue Branford
New Scientist


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Argentina's bitter harvest
New Scientist, 17 April 2004

When genetically modified soya came on the scene it seemed like a heaven-sent
solution to Argentina's agricultural problems. Now soya is being blamed for
an environmental crisis that is threatening the country's tragile economic
recovery. Sue Branford discovers how it all went wrong

A YEAR ago, Colonia Loma Senes was just another rural backwater in the north
of Argentina. But that was before the toxic cloud arrived. "The poison got
blown onto our plots and into our houses," recalls local farmer Sandoval Filemon.
"Straight away our eyes started smarting. The children's bare legs came out
in rashes." The following morning the village awoke to a scene of desolation.
"Almost all of our crops were badly damaged. I couldn't believe my eyes," says
Sandoval's wife, Eugenia. Over the next few days and weeks chickens and pigs
died, and sows and nanny goats gave birth to dead or deformed young. Months
later banana trees were deformed and stunted and were still not bearing edible
fruit.

The villagers quickly pointed the finger at a neighbouring farm whose tenants
were growing genetically modified soya, engineered to be resistant to the
herbicide glyphosate. A month later, agronomists from the nearby National
University of Formosa visited the scene and confirmed the villagers' suspicions.
The
researchers concluded that the neighbouring farmers, like thousands of others
growing GM soya in Argentina, had been forced to take drastic action against
resistant weeds and had carelessly drenched the land - and nearby Colonia Loma
Senes - with a mixture of powerful herbicides.

The villagers took their neighbours to court and won an order banning further
spraying. The judge also found the tenants guilty of "causing considerable
harm to crops and human health". But it was a pyrrhic victory. In September, new
tenants took over the land and started spraying again. When challenged, the
farmers said that the ban did not apply to them, which was technically true.

Colonia Loma Senes is not an isolated case. Over the past eight years, GM
soya farmers have taken over a huge proportion of Argentina's arable land,
leading to regular complaints by peasant families that their crops have been harmed
by glyphosate and other herbicides.

"We really don't know how much damage is being done throughout the country,
because the authorities are not monitoring the situation properly," says Walter
Pengue, an agro-ecologist from the University of Buenos Aires who has studied
the impact of GM soya. But he predicts that such incidents will become more
common as a consequence of Argentina's rush into GM soya. And other experts are
warning of potential problems that include the emergence of
herbicide-resistant weeds and destruction of the soil's natural micro-organisms.

GM technology is not entirely to blame for Argentina's agricultural woes.
Economic problems have also played their part. But the country's experience with
GM soya holds worrying lessons for the rest of the world, particularly
developing countries such as Brazil, the world's second largest soya producer after
the US. After refusing for years to authorise GM technology, Brazil is now
rethinking its policy. Farmers in the south have been illegally planting GM soya
smuggled over from Argentina, attracted by reports of higher yields and lower
production costs. This has left the government with little option but to accept
the cultivation of GM soya as a fait accompli. Last year it reluctantly gave
temporary authorisation for the sale of GM soya on the domestic market and is
now debating the finer details of permanent approval. Argentina's experience
suggests that Brazil would do well to opt for tight controls with rigorous
environmental impact studies.

In 1997, Argentina became one of the first countries to authorise GM crops,
when Monsanto's Roundup Ready soya was introduced there and in the US. This GM
variety is resistant to glyphosate, which Monsanto sells under the trade name
Roundup. Argentina's farmers jumped at the new technology, which seemed just
what they needed to solve some of their most pressing problems. Since the late
1980s, Argentina's largest and most fertile farming region, the Pampas, had
been suffering from serious soil erosion. About half of the 5 million hectares
of the Pampas's core grain-producing region was suffering severe erosion,
according to the country's National Institute of Agricultural Technology (INTA),
and yields on these lands had fallen by at least a third. To try and alleviate
the problem, farmers were experimenting with no-tilling - a system in which
seed is sown directly on the land without ploughing or any other form of
cultivation. But with no ploughing, weeds were starting to get out of control,
and the
farmers were at a loss as to what to do.

Roundup Ready soya seemed a solution made in heaven. Farmers were able to
make the no-till system work because, instead of needing five or six applications
of various herbicides, they could spray only twice with glyphosate at key
moments in the season. What's more, the seed companies made the move into Roundup
Ready easy by supplying the seeds, machinery and pesticides in a single
convenient "technological package". The new technology was also cheap. While
farmers in the US paid a premium of at least 35 per cent to plant GM varieties,
Argentina had not at that time signed an international patent agreement so
Monsanto was able to charge only a modest fee or risk being undercut by companies
making generic copies of its technology .

Driven by the world's apparently insatiable demand for soya to feed to
cattle, Argentinian farmers stampeded into soya, one of the few profitable sectors
in a depressed economy. Desperate to join in, urban investors rented land from
impoverished smallholders and turned it over to soya. Anta, the farming group
that did the damage to Colonia Loma Senes, benefited from such schemes.

By 2002 almost half of Argentina's arable land -11.6 million hectares - was
planted with soya, almost all of it GM, compared with just 37,700 hectares of
soya in 1971. Soya moved beyond the Pampas into more environmentally fragile
areas, especially in the northern provinces of Chaco, Santiago del Estero, Salta
and Formosa. Not even Monsanto had imagined that the move into Roundup Ready
soya would be so rapid.

At first everything looked rosy. From 1997 to 2002 the area under soya
cultivation increased by 75 per cent and yields increased by 173 per cent (see
Diagram, p 43). In the early years there were also clear environmental benefits.
Soil erosion declined, thanks to the no-till method, and farmers moved from more
damaging herbicides to glyphosate, widely regarded as one of the least toxic
herbicides available.

Even when world soya prices started to decline as global supply increased,
Argentinian farmers continued to do well financially. Monsanto progressively cut
the price of Roundup and by 2001 it was selling at less than half its 1996
price. Overall, Argentina's farmers made a profit of about $5 billion by
adopting Roundup Ready soya.

Some years ago, however, a few agronomists started to sound alarm bells,
warning that the wholesale and unmonitored shift into Roundup Ready soya was
causing unforeseen problems. In a study published in 2001 by the Northwest Science
and Environmental Policy Center, a non-profit organisation in Sandpoint,
Idaho, agricultural economics consultant Charles Benbrook reported that Roundup
Ready soya growers in Argentina were using more than twice as much herbicide as
conventional soya farmers, largely because of unexpected problems with tolerant
weeds. He also found that they were applying glyphosate more frequently than
their US counterparts - 2.3 versus 1.3 applications a year. Saying that
"history shows us that excessive reliance on any single strategy of weed or insect
management will fail in the long run, in the face of ecological and genetic
responses", he advised Argentinian farmers to reduce their Roundup Ready acreage
by as much as half in order to cut glyphosate usage. If they did not, he
warned, they would run the risk of serious problems. Among his predictions were
shifts in the composition of weed species, the emergence of resistant superweeds,
and changes in soil microbiology.

The warning fell on deaf ears. Argentina's economy was in deep trouble, and
with soya now its main export earner the government was in no mood to
intervene. The area under Roundup Ready has continued to grow, and farmers hurt
by the
collapse of Argentina's currency at the end of 2001 are increasingly moving
into soya monoculture, as other crops for the domestic market have become
unprofitable. Glyphosate use continues to rise. Pengue estimates consumption
reached
150 million litres in 2003, up from just 13.9 million litres in 1997.

Initially Pengue believed that with careful rotation of crops and adequate
controls over the way the herbicide was applied, the move to glyphosate would
benefit the environment. But he is now concerned that the unmonitored use of
this one herbicide is leading to the problems predicted by Benbrook. In a study
into the impact of Roundup Ready soya on weeds, Delma Faccini of the National
University of Rosario found that several previously uncommon species of
glyphosatetolerant weed had increased in abundance. In another study, agronomists
from INTA's office in Venado Tuerto, near Rosario, found that farmers were having
to use higher concentrations of glyphosate. For now, the problem appears to
be limited to the proliferation of weeds that are naturally resistant, but some
agronomists are warning that it is only a matter of time before glyphosate
resistance is transferred to other weed species, turning them into superweeds.

The third problem that was predicted by Benbrook - changes in soil
microbiology - also appears to be happening. "Because so much herbicide is being
used,
soil bacteria are declining and the soil is becoming inert, which is inhibiting
the usual process of decomposition," says agronomist Adolfo Boy from the
Grupo de Reflexion Rural, a group of agronomists opposed to GM farming. "In some
farms the dead vegetation even has to be brushed off the land." He also
believes that slugs, snails and fungi are moving into the newly available
ecological
niche.

Similar problems are occurring to some extent in the US. According to Joe
Cummins, a geneticist from the University of Western Ontario in Canada, studies
of the impact of herbicides, particularly glyphosate, on soil microbial
communities have revealed increasing colonisation of the roots of Roundup Ready
soya
with the fungus Fusarium in Midwestern fields.

Argentina's farmers are also having to deal with the proliferation of
"volunteer" soya, which sprouts from seeds dropped during harvest and which
cannot be
eradicated with normal doses of glyphosate. This has created marketing
opportunities for other agrochemical companies such as Syngenta, which has been
placing adverts with the slogan "Soya is a weed" advising farmers to use a mixture
of paraquat and atrazine to eradicate volunteer soya. Other companies,
including Dow AgroSciences, are recommending mixing glyphosate with other
herbicides, such as metsulfuron and clopyralid.

Market forces

Not all scientists in Argentina are convinced that the farmers' problems have
been caused by heavy use of glyphosate, and others say that the difficulties
are not yet critical. "We are experiencing some problems of tolerant weeds,
but they are not on a large enough scale to affect overall yields seriously or
to jeopardise the future of soya farming," says Carlos Senigalesi, director of
investigative projects at INTA. He believes it is the tendency for farmers to
grow nothing but soya, rather than the prevalence of GM strains, which is at
the root of the problem. "Monoculture is not good for the soils or for
biodiversity and the government should be encouraging farmers to return to crop
rotation," Senigalesi says. "But here everything is left to the market. Farmers
have
no proper guidance from the authorities. There are no subsidies or minimum
prices. I think we must be the only country in the world where the authorities
do not have a proper plan for agriculture but leave everything to market
forces."

For the first time however, INTA recently expressed concern. In a report
published in December it criticised "the disorderly process of agricultural
development", warning that if nothing was done, a decline in production was
inevitable and that the country's "stock of natural resources will suffer a
(possibly
irreversible) degradation both in quantity and quality". It called for changes
in farming practices in the Pampas, saying that the combination of no-till
with soya monoculture was "not a sustainable alternative to crop rotation
farming". It also warned that, in the north, soya farming "is not compatible with
the sustainability of farming".

Monsanto's Argentinian headquarters has refused to comment directly on these
accusations. But the company has expressed concern about the situation, saying
it believes that crop rotation is more sustainable than monoculture. It is
also starting to suffer from the lack of government controls. In January it
unexpectedly halted sales of Roundup Ready soya, saying that farmers were buying
about half of their seeds on the black market and depriving the company of
royalties.

To Benbrook, this adds up to a very worrying outlook. "Argentina faces big
agronomic problems that it has neither the resources nor the expertise to
solve," he says. "The country has adopted GM technology more rapidly and more
radically than any other country in the world. It didn't take proper safeguards to
manage resistance and to protect the fertility of its soils. Based on the
current use of Roundup Ready, I don't think its agriculture is sustainable for
more than another couple of years."

Argentina used to be one of the world's major suppliers of food, particularly
wheat and beef. But the "soyarisation" of the economy, as the Argentinians
call it, has changed that.

About 150,000 small farmers have been driven off the land. Production of many
staples, including milk, rice, maize, potatoes and lentils, has fallen
sharply.

Many see Argentina's experience as a warning of what can happen when
production of a single commodity for the world market takes precedence over concern
for food security. When this commodity is produced in a system of near
monoculture, with the use of a new and relatively untested technology provided by
multinational companies, the vulnerability of the country is compounded. As yet,
few countries have opted for GM technology: the US and Argentina together
account for 84 per cent of the GM crops planted in the world. But as others,
including the UK, seem increasingly prepared to authorise the commercial growing of
GM crops, they may be well advised to look to Argentina to see how it can go
wrong.

Sue Branford is a freelance journalist specialising in Latin America


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