pour t11: pesticides périmés au Mali

L’Afrique doit démanteler 50.000 tonnes de bombes toxiques.
Le Mali, premier pays concerné par un vaste chantier d’élimination
de pesticides périmés.


www.lesoir.be 12/02/04

L’Afrique doit démanteler 50.000 tonnes de bombes toxiques

Environnement Le Mali, premier pays concerné par un vaste chantier d’élimination de pesticides périmés

CHRISTOPHE SCHOUNE,

envoyé spécial

NANGUILA (MALI)

Grandes ouvertes, les portes du hangar laissent s’échapper une odeur intenable.
Entassés pêle-mêle, des milliers d’emballages de pesticides périmés diffusent,
dans la chaleur plombée de cet après-midi de février, un liquide mortifère dont
les murs sont imbibés. Éponge gorgée, le seuil du bâtiment contamine déjà le sol.
Je ne bois pas l’eau du puits. Certains magasiniers, avant moi, ont eu des
problèmes de santé à cause de cela, concède Sory Keita, responsable du « magasin
» de Naguila, à 150 kilomètres au sud de Bamako, la capitale du Mali. Le gardien
du bâtiment met un masque pour rentrer dans le bâtiment. Moi, je ne porte rien,
c’est Dieu qui me sauvegarde !
Bombe à retardement pour l’environnement, les produits toxiques stockés «
provisoirement » à Nanguila depuis 2001 constituent une menace directe pour le
fleuve Niger, situé à moins de trois kilomètres, dans la pente du village.
Espoir ? Ils devraient être évacués dans les trois prochaines années grâce à un
ambitieux programme de dépollution initié par une série d’organisations
interétatiques et non gouvernementales (www.africastockpiles.org).
Le Mali, en raison de l’importance de ses stocks de pesticides périmés, est
jugé prioritaire parmi les quinze pays concernés par la phase 1 du programme :
Nous en sommes toujours au stade de l’inventaire, détaille Lassina Traoré,
responsable du volet malien. Notre pays est le premier pays en termes de volume,
de surface et de concentration. Pour l’heure, nous dénombrons 92 sites de
stockage pollués. Cinq sont hautement contaminés. A Gao et à Kidal, on a
retrouvé de la dieldrine dans le lait de chèvre, à proximité d’un site
d’entreposage. C’est un pesticide que l’on utilisait il y a vingt-cinq ans
Utilisés à l’époque dans l’agriculture, la plupart de ces produits, comme le
DDT, sont aujourd’hui interdits en raison de leur haute nocivité pour la santé
humaine et l’environnement. Le mauvais système de contrôle des importations,
d’entreposage et de gestion n’a fait qu’accroître l’accumulation de stocks
obsolètes depuis plusieurs décennies. Une situation qui, aujourd’hui, prévaut
encore avec des produits « autorisés » en raison de la faiblesse des moyens
consacrés à ce problème. Le manque d’expertise dans la gestion des pesticides
par les agriculteurs, le déficit des contrôles douaniers, la surévaluation des
besoins, l’usage inapproprié de certains produits et la corruption ne font
qu’aggraver la situation.
Coordonné par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO), l’inventaire d’élimination pointe déjà 50.000 tonnes de
pesticides périmés en Afrique. Une bonne part d’entre eux contiennent des
polluants chimiques organiques persistants – parmi les plus nocifs pour la vie
sur Terre.
Le programme d’élimination de cette montagne de pesticides s’étendra sur une
quinzaine d’années et coûtera près de 250 millions de dollars. La première
phase, qui s’étend de 2004 à 2007, est estimée à 70 millions de dollars, dont 48
millions sont déjà assurés, notamment par la Banque mondiale et le GEF, le Fonds
pour l’environnement mondial, poursuit Lassina Traoré. L’Afrique n’a pas les
moyens de procéder à leur élimination. Si bien que les pesticides sont incinérés
en Europe, soit aux Pays-Bas, soit en Allemagne. Shell a promis de payer une
partie de la facture d’incinération.
Pour le WWF, qui coordonne le volet sensibilisation du programme ASP, la
situation de l’Afrique est l’occasion de rappeler dans un nouveau rapport (www.
panda.org/campaign/detox), l’urgence de bannir certaines substances encore
commercialisées. Trop souvent, constate Thomas Schultz, porte-parole du WWF
international, les pays africains représentent un terrain favorable pour évacuer
des produits dont on ne veut plus chez nous
C’est aussi cette situation que veut bannir à l’avenir ce programme « Africa
stockpiles » : un quart du budget sera consacré à la mise en place de mesures
visant à ne pas devoir répéter indéfiniment ce genre d’opérations. L’éligibilité
des pays au programme impose en ce sens d’avoir ratifié ou d’adhérer aux
conventions réglementant le commerce et les mouvements de ces substances.
A Nanguila, on connaît le prix du risque chimique. Localisé à 500 mètres du «
magasin », le village de brousse étouffe dans la pestilence dégagée par des
produits conditionnés de manière aléatoire. Une partie des habitants, dont les
maisons étaient exposées aux vents dominants, a dû déménager, explique Youssef
Diallo, le chef du village. Nous ne demandons qu’une chose, c’est que ces
produits soient enlevés au plus vite. Ces poisons tuent et dévorent déjà le
bâtiment

Grandes ouvertes, les portes du hangar laissent s’échapper une odeur intenable.
Entassés pêle-mêle, des milliers d’emballages de pesticides périmés diffusent,
dans la chaleur plombée de cet après-midi de février, un liquide mortifère dont
les murs sont imbibés. Éponge gorgée, le seuil du bâtiment contamine déjà le sol.
Je ne bois pas l’eau du puits. Certains magasiniers, avant moi, ont eu des
problèmes de santé à cause de cela, concède Sory Keita, responsable du « magasin
» de Naguila, à 150 kilomètres au sud de Bamako, la capitale du Mali. Le gardien
du bâtiment met un masque pour rentrer dans le bâtiment. Moi, je ne porte rien,
c’est Dieu qui me sauvegarde !
Bombe à retardement pour l’environnement, les produits toxiques stockés «
provisoirement » à Nanguila depuis 2001 constituent une menace directe pour le
fleuve Niger, situé à moins de trois kilomètres, dans la pente du village.
Espoir ? Ils devraient être évacués dans les trois prochaines années grâce à un
ambitieux programme de dépollution initié par une série d’organisations
interétatiques et non gouvernementales (www.africastockpiles.org).
Le Mali, en raison de l’importance de ses stocks de pesticides périmés, est
jugé prioritaire parmi les quinze pays concernés par la phase 1 du programme :
Nous en sommes toujours au stade de l’inventaire, détaille Lassina Traoré,
responsable du volet malien. Notre pays est le premier pays en termes de volume,
de surface et de concentration. Pour l’heure, nous dénombrons 92 sites de
stockage pollués. Cinq sont hautement contaminés. A Gao et à Kidal, on a
retrouvé de la dieldrine dans le lait de chèvre, à proximité d’un site
d’entreposage. C’est un pesticide que l’on utilisait il y a vingt-cinq ans
Utilisés à l’époque dans l’agriculture, la plupart de ces produits, comme le
DDT, sont aujourd’hui interdits en raison de leur haute nocivité pour la santé
humaine et l’environnement. Le mauvais système de contrôle des importations,
d’entreposage et de gestion n’a fait qu’accroître l’accumulation de stocks
obsolètes depuis plusieurs décennies. Une situation qui, aujourd’hui, prévaut
encore avec des produits « autorisés » en raison de la faiblesse des moyens
consacrés à ce problème. Le manque d’expertise dans la gestion des pesticides
par les agriculteurs, le déficit des contrôles douaniers, la surévaluation des
besoins, l’usage inapproprié de certains produits et la corruption ne font
qu’aggraver la situation.
Coordonné par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO), l’inventaire d’élimination pointe déjà 50.000 tonnes de
pesticides périmés en Afrique. Une bonne part d’entre eux contiennent des
polluants chimiques organiques persistants – parmi les plus nocifs pour la vie
sur Terre.
Le programme d’élimination de cette montagne de pesticides s’étendra sur une
quinzaine d’années et coûtera près de 250 millions de dollars. La première
phase, qui s’étend de 2004 à 2007, est estimée à 70 millions de dollars, dont 48
millions sont déjà assurés, notamment par la Banque mondiale et le GEF, le Fonds
pour l’environnement mondial, poursuit Lassina Traoré. L’Afrique n’a pas les
moyens de procéder à leur élimination. Si bien que les pesticides sont incinérés
en Europe, soit aux Pays-Bas, soit en Allemagne. Shell a promis de payer une
partie de la facture d’incinération.
Pour le WWF, qui coordonne le volet sensibilisation du programme ASP, la
situation de l’Afrique est l’occasion de rappeler dans un nouveau rapport (www.
panda.org/campaign/detox), l’urgence de bannir certaines substances encore
commercialisées. Trop souvent, constate Thomas Schultz, porte-parole du WWF
international, les pays africains représentent un terrain favorable pour évacuer
des produits dont on ne veut plus chez nous
C’est aussi cette situation que veut bannir à l’avenir ce programme « Africa
stockpiles » : un quart du budget sera consacré à la mise en place de mesures
visant à ne pas devoir répéter indéfiniment ce genre d’opérations. L’éligibilité
des pays au programme impose en ce sens d’avoir ratifié ou d’adhérer aux
conventions réglementant le commerce et les mouvements de ces substances.
A Nanguila, on connaît le prix du risque chimique. Localisé à 500 mètres du «
magasin », le village de brousse étouffe dans la pestilence dégagée par des
produits conditionnés de manière aléatoire. Une partie des habitants, dont les
maisons étaient exposées aux vents dominants, a dû déménager, explique Youssef
Diallo, le chef du village. Nous ne demandons qu’une chose, c’est que ces
produits soient enlevés au plus vite. Ces poisons tuent et dévorent déjà le
bâtiment

Grandes ouvertes, les portes du hangar laissent s’échapper une odeur intenable.
Entassés pêle-mêle, des milliers d’emballages de pesticides périmés diffusent,
dans la chaleur plombée de cet après-midi de février, un liquide mortifère dont
les murs sont imbibés. Éponge gorgée, le seuil du bâtiment contamine déjà le sol.
Je ne bois pas l’eau du puits. Certains magasiniers, avant moi, ont eu des
problèmes de santé à cause de cela, concède Sory Keita, responsable du « magasin
» de Naguila, à 150 kilomètres au sud de Bamako, la capitale du Mali. Le gardien
du bâtiment met un masque pour rentrer dans le bâtiment. Moi, je ne porte rien,
c’est Dieu qui me sauvegarde !
Bombe à retardement pour l’environnement, les produits toxiques stockés «
provisoirement » à Nanguila depuis 2001 constituent une menace directe pour le
fleuve Niger, situé à moins de trois kilomètres, dans la pente du village.
Espoir ? Ils devraient être évacués dans les trois prochaines années grâce à un
ambitieux programme de dépollution initié par une série d’organisations
interétatiques et non gouvernementales (www.africastockpiles.org).
Le Mali, en raison de l’importance de ses stocks de pesticides périmés, est
jugé prioritaire parmi les quinze pays concernés par la phase 1 du programme :
Nous en sommes toujours au stade de l’inventaire, détaille Lassina Traoré,
responsable du volet malien. Notre pays est le premier pays en termes de volume,
de surface et de concentration. Pour l’heure, nous dénombrons 92 sites de
stockage pollués. Cinq sont hautement contaminés. A Gao et à Kidal, on a
retrouvé de la dieldrine dans le lait de chèvre, à proximité d’un site
d’entreposage. C’est un pesticide que l’on utilisait il y a vingt-cinq ans
Utilisés à l’époque dans l’agriculture, la plupart de ces produits, comme le
DDT, sont aujourd’hui interdits en raison de leur haute nocivité pour la santé
humaine et l’environnement. Le mauvais système de contrôle des importations,
d’entreposage et deimportations, d’entreposage et de gestion n’a fait
qu’accroître l’accumulation de stocks obsolètes depuis plusieurs décennies. Une
situation qui, aujourd’hui, prévaut encore avec des produits « autorisés » en
raison de la faiblesse des moyens consacrés à ce problème. Le manque d’expertise
dans la gestion des pesticides par les agriculteurs, le déficit des contrôles
douaniers, la surévaluation des besoins, l’usage inapproprié de certains
produits et la corruption ne font qu’aggraver la situation.
Coordonné par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO), l’inventaire d’élimination pointe déjà 50.000 tonnes de
pesticides périmés en Afrique. Une bonne part d’entre eux contiennent des
polluants chimiques organiques persistants – parmi les plus nocifs pour la vie
sur Terre.
Le programme d’élimination de cette montagne de pesticides s’étendra sur une
quinzaine d’années et coûtera près de 250 millions de dollars. La première
phase, qui s’étend de 2004 à 2007, est estimée à 70 millions de dollars, dont 48
millions sont déjà assurés, notamment par la Banque mondiale et le GEF, le Fonds
pour l’environnement mondial, poursuit Lassina Traoré. L’Afrique n’a pas les
moyens de procéder à leur élimination. Si bien que les pesticides sont incinérés
en Europe, soit aux Pays-Bas, soit en Allemagne. Shell a promis de payer une
partie de la facture d’incinération.
Pour le WWF, qui coordonne le volet sensibilisation du programme ASP, la
situation de l’Afrique est l’occasion de rappeler dans un nouveau rapport (www.
panda.org/campaign/detox), l’urgence de bannir certaines substances encore
commercialisées. Trop souvent, constate Thomas Schultz, porte-parole du WWF
international, les pays africains représentent un terrain favorable pour évacuer
des produits dont on ne veut plus chez nous
C’est aussi cette situation que veut bannir à l’avenir ce programme « Africa
stockpiles » : un quart du budget sera consacré à la mise en place de mesures
visant à ne pas devoir répéter indéfiniment ce genre d’opérations. L’éligibilité
des pays au programme impose en ce sens d’avoir ratifié ou d’adhérer aux
conventions réglementant le commerce et les mouvements de ces substances.
A Nanguila, on connaît le prix du risque chimique. Localisé à 500 mètres du «
magasin », le village de brousse étouffe dans la pestilence dégagée par des
produits conditionnés de manière aléatoire. Une partie des habitants, dont les
maisons étaient exposées aux vents dominants, a dû déménager, explique Youssef
Diallo, le chef du village. Nous ne demandons qu’une chose, c’est que ces
produits soient enlevés au plus vite. Ces poisons tuent et dévorent déjà le
bâtiment

Grandes ouvertes, les portes du hangar laissent s’échapper une odeur intenable.
Entassés pêle-mêle, des milliers d’emballages de pesticides périmés diffusent,
dans la chaleur plombée de cet après-midi de février, un liquide mortifère dont
les murs sont imbibés. Éponge gorgée, le seuil du bâtiment contamine déjà le sol.
Je ne bois pas l’eau du puits. Certains magasiniers, avant moi, ont eu des
problèmes de santé à cause de cela, concède Sory Keita, responsable du « magasin
» de Naguila, à 150 kilomètres au sud de Bamako, la capitale du Mali. Le gardien
du bâtiment met un masque pour rentrer dans le bâtiment. Moi, je ne porte rien,
c’est Dieu qui me sauvegarde !
Bombe à retardement pour l’environnement, les produits toxiques stockés «
provisoirement » à Nanguila depuis 2001 constituent une menace directe pour le
fleuve Niger, situé à moins de trois kilomètres, dans la pente du village.
Espoir ? Ils devraient être évacués dans les trois prochaines années grâce à un
ambitieux programme de dépollution initié par une série d’organisations
interétatiques et non gouvernementales (www.africastockpiles.org).
Le Mali, en raison de l’importance de ses stocks de pesticides périmés, est
jugé prioritaire parmi les quinze pays concernés par la phase 1 du programme :
Nous en sommes toujours au stade de l’inventaire, détaille Lassina Traoré,
responsable du volet malien. Notre pays est le premier pays en termes de volume,
de surface et de concentration. Pour l’heure, nous dénombrons 92 sites de
stockage pollués. Cinq sont hautement contaminés. A Gao et à Kidal, on a
retrouvé de la dieldrine dans le lait de chèvre, à proximité d’un site
d’entreposage. C’est un pesticide que l’on utilisait il y a vingt-cinq ans
Utilisés à l’époque dans l’agriculture, la plupart de ces produits, comme le
DDT, sont aujourd’hui interdits en raison de leur haute nocivité pour la santé
humaine et l’environnement. Le mauvais système de contrôle des importations,
d’entreposage et de gestion n’a fait qu’accroître l’accumulation de stocks
obsolètes depuis plusieurs décennies. Une situation qui, aujourd’hui, prévaut
encore avec des produits « autorisés » en raison de la faiblesse des moyens
consacrés à ce problème. Le manque d’expertise dans la gestion des pesticides
par les agriculteurs, le déficit des contrôles douaniers, la surévaluation des
besoins, l’usage inapproprié de certains produits et la corruption ne font
qu’aggraver la situation.
Coordonné par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO), l’inventaire d’élimination pointe déjà 50.000 tonnes de
pesticides périmés en Afrique. Une bonne part d’entre eux contiennent des
polluants chimiques organiques persistants – parmi les plus nocifs pour la vie
sur Terre.
Le programme d’élimination de cette montagne de pesticides s’étendra sur une
quinzaine d’années et coûtera près de 250 millions de dollars. La première
phase, qui s’étend de 2004 à 2007, est estimée à 70 millions de dollars, dont 48
millions sont déjà assurés, notamment par la Banque mondiale et le GEF, le Fonds
pour l’environnement mondial, poursuit Lassina Traoré. L’Afrique n’a pas les
moyens de procéder à leur élimination. Si bien que les pesticides sont incinérés
en Europe, soit aux Pays-Bas, soit en Allemagne. Shell a promis de payer une
partie de la facture d’incinération.
Pour le WWF, qui coordonne le volet sensibilisation du programme ASP, la
situation de l’Afrique est l’occasion de rappeler dans un nouveau rapport (www.
panda.org/campaign/detox), l’urgence de bannir certaines substances encore
commercialisées. Trop souvent, constate Thomas Schultz, porte-parole du WWF
international, les pays africains représentent un terrain favorable pour évacuer
des produits dont on ne veut plus chez nous
C’est aussi cette situation que veut bannir à l’avenir ce programme « Africa
stockpiles » : un quart du budget sera consacré à la mise en place de mesures
visant à ne pas devoir répéter indéfiniment ce genre d’opérations. L’éligibilité
des pays au programme impose en ce sens d’avoir ratifié ou d’adhérer aux
conventions réglementant le commerce et les mouvements de ces substances.
A Nanguila, on connaît le prix du risque chimique. Localisé à 500 mètres du «
magasin », le village de brousse étouffe dans la pestilence dégagée par des
produits conditionnés de manière aléatoire. Une partie des habitants, dont les
maisons étaient exposées aux vents dominants, a dû déménager, explique Youssef
Diallo, le chef du village. Nous ne demandons qu’une chose, c’est que ces
produits soient enlevés au plus vite. Ces poisons tuent et dévorent déjà le
bâtiment

Grandes ouvertes, les portes du hangar laissent s’échapper une odeur intenable.
Entassés pêle-mêle, des milliers d’emballages de pesticides périmés diffusent,
dans la chaleur plombée de cet après-midi de février, un liquide mortifère dont
les murs sont imbibés. Éponge gorgée, le seuil du bâtiment contamine déjà le sol.
Je ne bois pas l’eau du puits. Certains magasiniers, avant moi, ont eu des
problèmes de santé à cause de cela, concède Sory Keita, responsable du « magasin
» de Naguila, à 150 kilomètres au sud de Bamako, la capitale du Mali. Le gardien
du bâtiment met un masque pour rentrer dans le bâtiment. Moi, je ne porte rien,
c’est Dieu qui me sauvegarde !
Bombe à retardement pour l’environnement, les produits toxiques stockés «
provisoirement » à Nanguila depuis 2001 constituent une menace directe pour le
fleuve Niger, situé à moins de trois kilomètres, dans la pente du village.
Espoir ? Ils devraient être évacués dans les trois prochaines années grâce à un
ambitieux programme de dépollution initié par une série d’organisations
interétatiques et non gouvernementales (www.africastockpiles.org).
Le Mali, en raison de l’importance de ses stocks de pesticides périmés, est
jugé prioritaire parmi les quinze pays concernés par la phase 1 du programme :
Nous en sommes toujours au stade de l’inventaire, détaille Lassina Traoré,
responsable du volet malien. Notre pays est le premier pays en termes de volume,
de surface et de concentration. Pour l’heure, nous dénombrons 92 sites de
stockage pollués. Cinq sont hautement contaminés. A Gao et à Kidal, on a
retrouvé de la dieldrine dans le lait de chèvre, à proximité d’un site
d’entreposage. C’est un pesticide que l’on utilisait il y a vingt-cinq ans
Utilisés à l’époque dans l’agriculture, la plupart de ces produits, comme le
DDT, sont aujourd’hui interdits en raison de leur haute nocivité pour la santé
humaine et l’environnement. Le mauvais système de contrôle des importations,
d’entreposage et de gestion n’a fait qu’accroître l’accumulation de stocks
obsolètes depuis plusieurs décennies. Une situation qui, aujourd’hui, prévaut
encore avec des produits « autorisés » en raison de la faiblesse des moyens
consacrés à ce problème. Le manque d’expertise dans la gestion des pesticides
par les agriculteurs, le déficit des contrôles douaniers, la surévaluation des
besoins, l’usage inapproprié de certains produits et la corruption ne font
qu’aggraver la situation.
Coordonné par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO), l’inventaire d’élimination pointe déjà 50.000 tonnes de
pesticides périmés en Afrique. Une bonne part d’entre eux contiennent des
polluants chimiques organiques persistants – parmi les plus nocifs pour la vie
sur Terre.
Le programme d’élimination de cette montagne de pesticides s’étendra sur une
quinzaine d’années et coûtera près de 250 millions de dollars. La première
phase, qui s’étend de 2004 à 2007, est estimée à 70 millions de dollars, dont 48
millions sont déjà assurés, notamment par la Banque mondiale et le GEF, le Fonds
pour l’environnement mondial, poursuit Lassina Traoré. L’Afrique n’a pas les
moyens de procéder à leur élimination. Si bien que les pesticides sont incinérés
en Europe, soit aux Pays-Bas, soit en Allemagne. Shell a promis de payer une
partie de la facture d’incinération.
Pour le WWF, qui coordonne le volet sensibilisation du programme ASP, la
situation de l’Afrique est l’occasion de rappeler dans un nouveau rapport (www.
panda.org/campaign/detox), l’urgence de bannir certaines substances encore
commercialisées. Trop souvent, constate Thomas Schultz, porte-parole du WWF
international, les pays africains représentent un terrain favorable pour évacuer
des produits dont on ne veut plus chez nous
C’est aussi cette situation que veut bannir à l’avenir ce programme « Africa
stockpiles » : un quart du budget sera consacré à la mise en place de mesures
visant à ne pas devoir répéter indéfiniment ce genre d’opérations. L’éligibilité
des pays au programme impose en ce sens d’avoir ratifié ou d’adhérer aux
conventions réglementant le commerce et les mouvements de ces substances.
A Nanguila, on connaît le prix du risque chimique. Localisé à 500 mètres du «
magasin », le village de brousse étouffe dans la pestilence dégagée par des
produits conditionnés de manière aléatoire. Une partie des habitants, dont les
maisons étaient exposées aux vents dominants, a dû déménager, explique Youssef
Diallo, le chef du village. Nous ne demandons qu’une chose, c’est que ces
produits soient enlevés au plus vite. Ces poisons tuent et dévorent déjà le
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